Siège Al Jazeera. Qatar. © Droits tiers
Il s’agit de la première sanction que la RDC inflige à un organe de la presse internationale, dont l’intérêt, dans la guerre de l’est, est supposément penché du côté de la rébellion. Coupée de toute diffusion sur décision des autorités compétentes, la chaine de télévision internationale qatarie devra cesser temporairement d’être suivie au pays pour avoir approché le leader du M23 en début d’année.
Kinshasa, mardi 14 janvier 2025. La République démocratique du Congo a suspendu lundi, par mesure conservatoire, la diffusion de la chaine internationale Al Jazeera sur toute l’étendue du pays pour une durée de 90 jours. Le motif brandi par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), dans son acte du 13 janvier, est « l’apologue du terrorisme » et « l’atteinte à l’ordre public ».
« (…) La chaine Al Jazeera a diffusé, en date du 1 janvier 2025, une interview réalisée par madame Bojana Coulibaly, militante à la solde du Rwanda, avec Bertrand Bisimwa, leader du mouvement terroriste M23, dont le contenu porte atteinte à l’ordre public, à la sûreté et à la sécurité nationale », lit-on dans la note du CSAC.
L’organe de règlementation des contenus médiatiques en RDC estime que la diffusion par Al Jazeera de l’interview exclusive du président des insurgés du M23, non-contradictoire et sans recoupement des sources, « est une campagne subversive menée délibérément dans le but de de déstabiliser les institutions de la République en violation des textes légaux régissant la communication en RDC ».
« Attendu que cette attitude frise non seulement l’apologie de la guerre, mais aussi incite à la rébellion contre l’autorité publique, est suspendue de diffusion sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo pour une durée de 90 jours, la chaine Al Jazeera », a décidé le CSAC.
Cette décision est tombée alors qu’une méfiance s’installe petit à petit entre le gouvernement congolais et les médias internationaux que Kinshasa accuse de « mettre au premier plan » les avancées des rebelles soutenus par l’armée rwandaise dans le Nord-Kivu, à l’est du pays, tout en faisant fi des succès enregistrés par les Forces armées de la RDC (FARDC) coalisées aux résistants locaux Wazalendo.
Dans un message posté sur son compte X (anciennement Twitter), le président du CSAC, Christian Bosembe s’est réjoui de cette sanction. « J’avais prévenu : aucun média ne peut violer impunément les lois de la République et les principes sacrés du journalisme. La chaîne Al jazzera a délibérément choisi l’apologie du crime. Le CSAC a agi fermement. Dans les jours à venir, d’autres médias déviants seront frappés sans concession », a-t-il écrit.
La semaine dernière, le CSAC avait mis en garde également les chaines du groupe France Média Monde, dont RFI et France 24, contre la « glorification du terrorisme ». Sur son X, par ailleurs, le 9 janvier, le ministre de la Justice, Constant Mutamba, avait même agité la « peine de mort » contre tout acteur politique, de société civil, religieux ou journaliste qui relayerait les activités des insurgés pro-rwandais en RDC.
Félix ISSA / Mongongo
