Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre (RDC) des Affaires étrangères, intervenant au CS des Nations-Unies. ©MinAffet
54 jours après son adoption en condamnation des violations commises dans l’est de la République démocratique du Congo par les forces rwandaises et leurs supplétifs du M23, la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations-Unies est restée lettre morte, regrette le gouvernement de Kinshasa.
Intervenant à la 9899ème séance du Conseil de sécurité sur la situation dans la région des Grands-Lacs, la ministre d’État aux Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, a vivement interpellé la communauté internationale sur la persistance des violences dans l’Est du pays. Malgré l’adoption de la résolution 2773, censée encadrer une réponse internationale face aux exactions du M23 et des Forces rwandaises de défense (RDF), «rien n’a changé sur le terrain», a-t-elle déploré.
Selon une dépêche du ministère des Affaires étrangères, consultée par Mongongo News, la ministre a dressé un tableau alarmant : les aéroports de Goma et Bukavu restent toujours sous le contrôle du M23, tandis que les attaques contre les civils s’intensifient et les mécanismes de protection peinent à se mettre en place.
Exécutions sommaires, enlèvements, enrôlements forcés… Thérèse Kayikwamba Wagner a dénoncé une dégradation continue de la situation sécuritaire et humanitaire, appelant le Conseil à traduire ses décisions en actions concrètes. Elle a notamment plaidé pour un mandat élargi de la MONUSCO, des mécanismes de vérification plus rigoureux et, surtout, une volonté politique sans équivoque pour contraindre les auteurs des violations.
La Ministre s’est, par ailleurs, félicitée des premières sanctions émises, tout en appelant à un renforcement de la pression : identification et sanctions contre la hiérarchie militaire rwandaise, suspension de la participation de Kigali aux missions onusiennes, embargo sur les minerais exploités illégalement et contrôle accru sur les flux d’armements.
Les FDLR « doivent rentrer au Rwanda »
Avant de clôturer son intervention, la ministre d’État congolaise a replacé la crise actuelle dans une perspective historique plus large. Elle a rappelé que « le mois d’avril est un mois de recueillement », évoquant à la fois le génocide contre les Tutsis de 1994 et ses répercussions durables sur le sol congolais. Selon elle, « le peuple congolais » continue de « subir les répliques de cette horreur initiale », en raison notamment de l’installation sur son territoire de responsables du génocide rwandais, parmi lesquels des éléments aujourd’hui regroupés au sein des FDLR – Forces démocratiques pour la libération du Rwanda.
« C’est dans cet esprit que nous affirmons : les FDLR n’ont pas vocation à rester en République démocratique du Congo. Ils doivent rentrer au Rwanda. Le Rwanda doit reconnaître cette réalité comme une part de son propre héritage », a-t-elle déclaré.
Thérèse Kayikwamba a affirmé que ces groupes armés, tolérés depuis trois décennies dans les Kivus, « alimentent un prétexte commode à des interventions injustifiables » de la part du Rwanda, tout en servant parfois de levier dans une stratégie régionale de déstabilisation. S’appuyant sur des rapports du Groupe d’experts des Nations unies, elle a appelé à mettre fin à leur instrumentalisation : « Il est temps de refermer cette parenthèse, de cesser définitivement de recycler les FDLR », a-t-elle lancé, appelant au rapatriement de leurs membres au Rwanda.
Par l’occasion, Kayikwamba a balayé les raisons de persécutions ethniques ciblant certaines communautés minoritaires, dont les Tutsis congolais, évoquées par la coalition rebelle AFC/M23, avec ses soutiens rwandais. Elle a affirmé qu’ « aucune communauté n’est persécutée sur des bases ethniques ». « Les allégations de ciblage sont fausses, fabriquées pour justifier des violations graves du droit international », a-t-elle martelé.
Cette prise de parole, l’une des plus directes de la diplomatie congolaise ces derniers mois, intervient alors que la pression monte autour du rôle de Kigali dans le conflit. Kinshasa espère désormais des mesures tangibles, à la hauteur de ses appels répétés.
Mongongo
