Vue sur la colline volcanique de Nyiragongo, depuis Kibati, territoire éponyme, dans la province du Nord-Kivu (RDC). Photo illustrative. © droits tiers.
Dans les collines du Nyiragongo, les récits anciens se transmettent comme des braises sous la cendre. On raconte qu’un chef coutumier de Bukumu, dont le nom reste à vérifier dans la succession de la chefferie, aurait un jour arrêté une éruption du volcan par la seule force de ses invocations. Mémoire vivante, ce témoignage illustre la puissance spirituelle que les chefs coutumiers incarnaient autrefois.
Mais aujourd’hui, alors que les balles sifflent à Nyiragongo, Rutshuru, Masisi, Beni, Walikale et bien au-delà, une question dérange : où sont passés les chefs coutumiers ? Et surtout, pourquoi leur pouvoir ne parvient-il plus à empêcher les affres de la guerre, comme il aurait jadis calmé les laves ?
Dépositaires de la terre, médiateurs entre vivants et ancêtres, régulateurs des conflits communautaires, les chefs coutumiers semblent marginalisés dans un contexte où les guerres dépassent les frontières, s’arment de logiques transnationales et se nourrissent d’intérêts économiques et politiques. Leur voix paraît étouffée.
Certains affirment que leur pouvoir n’est que symbolique et qu’aucune invocation ne peut faire taire un fusil. D’autres, plus enracinés dans les croyances locales, continuent de penser qu’une union mystique des chefs coutumiers pourrait désarmer les esprits de guerre.
Imaginez : tous les coutumiers et traditionnels du Nord et du Sud-Kivu réunis, non pour un sommet politique, mais pour un rituel ancestral. Une invocation collective, une parole adressée aux divinités et ancêtres afin de boucher les chemins de la guerre.
Naïveté ou acte de résistance ? Dans une région où les négociations échouent et où l’espoir s’effrite, croire en une force spirituelle devient parfois une manière de survivre.
Au fond, la question dépasse le mystique. Elle est politique, sociale et culturelle. Elle révèle le vide laissé par l’effacement des autorités traditionnelles dans la gestion des crises. Elle interroge notre mémoire, nos croyances et la place que nous accordons à nos propres institutions locales.
Et si les chefs coutumiers ne peuvent plus arrêter la guerre, qui le pourra ? Leur silence est-il le signe d’une marginalisation orchestrée ? Ou bien avons-nous besoin de réhabiliter leur rôle, non pas comme « magiciens », mais comme médiateurs enracinés dans l’histoire et la spiritualité de notre peuple ?

La force de la tradition existe toujours ,seulement les politiques qui instruments les chefs coutumiers