Olivier Nduhungirehe, ministre des Affaires étrangères du Rwanda et Julien Paluku, ministre du Commerce extérieur de la RDC et ancien gouverneur du Nord-Kivu. Photo collage : © Mongongo News
À peine signé, le 27 juin dernier à Washington sous l’égide des États-Unis de Donald Trump, l’Accord de paix de Washington est déjà au cœur d’un brasier diplomatique entre Kinshasa et Kigali. Au centre de la controverse : la disposition relative à la neutralisation des FDLR, ces combattants hutus rwandais réfugiés au Congo depuis 1994, que Kigali accuse de faire partie des derniers génocidaires en cavale.
Une prise de bec violente fait grande sensation sur les réseaux sociaux, notamment sur X (anciennement Twitter), après une sortie explosive du chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, dans une interview à Jeune Afrique. « Les FDLR sont soutenus par le gouvernement congolais, ils sont même intégrés dans les FARDC », a-t-il lâché. Et de marteler : « Les FDLR ne sont pas sur le territoire du M23. Ils collaborent avec l’armée congolaise ».
Pour donner du poids à ses accusations, Nduhungirehe s’est appuyé sur des rapports onusiens. « Ce n’est pas le Rwanda qui le dit. Le gouvernement congolais admet lui-même que les FDLR sont un problème à neutraliser, ce qui va offrir la voie à la levée de nos mesures de défense. »
Une déclaration perçue à Kinshasa comme une provocation de trop, qui a déclenché une salve de réactions. En tête de ligne, Julien Paluku, ministre congolais du Commerce extérieur et ex-gouverneur du Nord-Kivu, a dénoncé une « rhétorique mensongère qui a aveuglé le monde depuis 30 ans ». Pour lui, cette lecture rwandaise de la situation n’est rien d’autre qu’un poison idéologique, difficile à déconstruire, mais nécessaire à combattre.
Paluku a rappelé que la région concernée a été occupée par le Rwanda pendant huit ans. Selon lui, de 1998 à 2003, puis de 2022 à 2025, Kigali a contrôlé militairement les zones supposées abriter les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda). Il a à son tour évoqué les rapports d’experts onusiens qui estiment à « moins d’un millier » les éléments FDLR encore actifs, « la plupart étant d’ailleurs recyclés par le régime de Kigali ».
Et de conclure : « Aujourd’hui, nous avons expliqué au monde ce qui se passe réellement. La rhétorique des FDLR, la haine ethnique, la stigmatisation : tout cela ne prend plus. »
Une joute verbale qui tourne au règlement de comptes personnel
La réponse de Paluku n’a pas tardé à être récupérée par Vincent Karega, ex-ambassadeur du Rwanda en RDC, désormais ambassadeur itinérant de Kigali dans la région des Grands Lacs. Dans une publication au vitriol, il charge l’ancien gouverneur congolais : « C’est naturel que M. Paluku défende les FDLR, à qui il avait confié le contrôle des zones entre Rutshuru et le parc de Virunga. L’extermination des Tutsis à Masisi (1964-65), c’était son oncle, Denis Paluku. Haine génétique. »
Des accusations jugées abjectes par Julien Paluku, qui contre-attaque sèchement : « Douze ans durant, comme gouverneur du Nord-Kivu (2007-2019), nous avons œuvré à la neutralisation des FDLR. Nous avons assisté à l’entrée, officielle comme officieuse, de l’armée rwandaise sur notre sol, y compris lors de l’opération Umoja Wetu en 2009. Nous avons été témoins du rapatriement de ces combattants vers le Rwanda par la MONUSCO et le HCR. »
Et Paluku d’enfoncer le clou : « Vincent Karega, le Congo t’a tout donné pour que tu parles correctement et que tu saches lire et écrire. Tu devrais te taire face au malheur des congolais ou expliquer à tes compatriotes Rwandais la beauté du Congo, la grandeur et la générosité de son peuple qui t’a bercé ».
Des archives embarrassantes pour Kigali ?
Pour enfoncer le clou, certains internautes ont exhumé des archives gênantes : dans une anncienne interview accordée à Top Congo en 2021, Vincent Karega reconnaissait lui-même que les FDLR ne représentaient plus une menace réelle, après avoir été affaiblies par des offensives des FARDC. Même son de cloche du côté de Louise Mushikiwabo, alors ministre rwandaise des Affaires étrangères, qui parlait d’un groupe largement « résiduel ».
Dans cette nouvelle guerre des narratifs, chaque camp sort ses dossiers, ses chiffres, ses vérités. Mais une chose est sûre : la bataille de communication est relancée, et l’Accord de Washington, censé amorcer l’apaisement, et malgré l’espoir qu’il a suscité, semble plutôt attiser les braises. Reste à voir jusqu’où cette escalade nous mènera.
Mongongo
