Illustration : Cimetière mémorial de la Guerre de 6 jours entre les armées ougandaise et rwandaise à Kisangani (RDC). © droits tiers.
En République démocratique du Congo, de graves suspicions de malversation financière sont portées sur le ministère de la Justice dans la gestion des indemnisations dues aux victimes de la guerre de Kisangani. Selon le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL), alors que 194,9 millions USD ont été versés par l’Ouganda entre 2022 et 2024, seuls 2 millions auraient réellement atteint les victimes.
Dans un rapport publié le 24 septembre 2025, le CREFDL pointe la responsabilité successive des ministres de la Justice dans la manipulation des fonds FRIVAO, pourtant censés être gérés par le Fonds spécial de réparation des victimes des activités illicites de l’Ouganda, d’après le décret portant sa création.
Le rapport révèle que l’argent est géré à travers dix comptes bancaires placés sous la tutelle directe du ministre. Une dispersion jugée « susceptible de dissimuler les fonds destinés aux victimes ».
Seuls 2,08 millions USD (1,98 %) ont été payés au 8 octobre 2024, alors que, d’après les prévisions, au moins 105,1 millions USD devraient être affectés aux indemnisations. Plus de 103 millions USD resteraient ainsi non distribués.
Par ailleurs, précise le document, sur près de 14 000 victimes identifiées, seules 3 163 ont été reconnues éligibles à la réparation. Moins de 1 000 d’entre elles ont effectivement perçu une indemnité élevée à 2000 USD.
Le Centre de recherche, exprimant des doutes sur le nombre réel de bénéficiaires, estime que les montants versés restent dérisoires et qu’en se basant sur les victimes déclarées éligibles, chacune pourrait recevoir jusqu’à 30 000 USD.
Le CREFDL dénonce également des retraits en espèces non justifiés, le paiement de consultants, l’achat de véhicules pour le secrétariat général de la Justice, ou encore le financement à hauteur de 4,2 millions USD d’un bureau de change à Kinshasa.
Le centre de recherches recommande la dissolution du FRIVAO, absent de la loi de finances, et propose de confier la mission d’indemnisation à des structures déjà budgétisées comme la Commission de gestion des biens saisis et confisqués (COGEBISCO) ou le Fonds de lutte contre le crime organisé (FOLUCCO).
Il appelle également à l’ouverture d’une enquête judiciaire contre les gestionnaires des comptes concernés et à la suspension du paiement des indemnités en attendant une évaluation à mi-parcours. Il demande aussi à la Cour des comptes de publier son rapport d’audit sur la gestion de FRIVAO.
En février 2022, la Cour internationale de justice a condamné l’Ouganda à verser 325 millions USD à la RDC pour réparer les victimes et dommages causés à Kisangani (Tshopo), entre 1999 et 2000. Ce montant doit être payé en cinq tranches annuelles de 65 millions chacune, chaque 1er septembre, jusqu’en 2026.
Mongongo
