ILLUSTRATION : Trois élèves ivoiriens maniant leurs smartphones. Droits photo : Almeras/RFI
Alors que les débats publics se concentrent rarement sur les effets des réseaux sociaux sur les mineurs, ces plateformes continuent de transformer la vie sociale en République démocratique du Congo, avec des conséquences particulièrement visibles chez les enfants et les adolescents. Dans ce contexte, plusieurs internautes congolais estiment que le pays devrait s’inspirer de la France, dont le Parlement a adopté cette semaine une proposition de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de quinze ans.
À l’heure où le monde connaît une accélération de la transformation numérique, la République démocratique du Congo (RDC) n’échappe pas à cette dynamique. Avec la démocratisation du smartphone et de l’accès à Internet, des plateformes telles que TikTok, Snapchat, Facebook, Instagram, X (ex-Twitter) ou encore WhatsApp sont désormais accessibles à tous, y compris aux très jeunes enfants. Une ouverture qui s’est opérée sans véritable mécanisme de vérification de l’âge des utilisateurs, soulevant des interrogations croissantes quant à la protection des mineurs.
Une multiplication des contenus problématiques
Au cours des deux dernières années, le cyberespace congolais est devenu le théâtre d’une prolifération de contenus de toutes natures. Insultes et violences verbales, danses à caractère obscène, contenus sexuels ou choquants, diffusions en direct mettant en scène des débats peu propices à l’éducation, campagnes de désinformation ou encore propagation de fausses informations : autant de dérives qui alimentent les préoccupations d’une partie de l’opinion.
Les enfants et les adolescents, particulièrement exposés à ces contenus, sont davantage susceptibles d’en subir les conséquences. Cette exposition favorise notamment le cyberharcèlement, l’addiction aux écrans, l’imitation de comportements dangereux ou dégradants, ainsi qu’une baisse de la concentration et des performances scolaires, selon plusieurs spécialistes de l’éducation et de la santé mentale.
Au-delà de la protection de l’enfance, la faible régulation de l’espace numérique soulève également des questions d’ordre public. La rapidité de circulation des fausses informations, les risques de manipulation politique, la diffusion de discours de haine ou encore les tensions communautaires amplifiées par les plateformes numériques peuvent fragiliser la cohésion sociale, un élément essentiel dans un pays engagé dans de multiples défis de reconstruction.
L’exemple français relance le débat
En début de semaine, le Parlement français a définitivement adopté une proposition de loi visant notamment à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de quinze ans et à renforcer l’encadrement de l’usage des smartphones dans les établissements scolaires. Cette initiative, qui s’inscrit dans une volonté de mieux protéger les mineurs face aux risques du numérique, relance le débat sur la responsabilité des États et des plateformes dans la régulation des réseaux sociaux.
En RDC, cette évolution est suivie avec intérêt. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes estiment que le pays gagnerait à engager une réflexion similaire, au regard de l’évolution rapide et parfois incontrôlée des usages numériques. Dans une publication sur X, mercredi 22 juillet, l’ancienne sénatrice Francine Muyumba a même plaidé pour que toute éventuelle restriction soit étendue aux moins de dix-huit ans.
Toutefois, plusieurs spécialistes du numérique estiment qu’une restriction fondée uniquement sur l’âge ne suffirait pas à résoudre le problème. Selon eux, une telle mesure devrait impérativement s’accompagner d’une éducation au numérique, d’une implication accrue des parents, d’outils de contrôle parental efficaces ainsi que d’une responsabilisation renforcée des plateformes.
La RDC dispose déjà d’un cadre juridique
La République démocratique du Congo s’est récemment dotée d’un cadre légal encadrant le secteur numérique à travers l’Ordonnance-loi portant Code du numérique, promulguée en 2023. Ce texte de 390 articles prévoit notamment plusieurs dispositions relatives à la protection des mineurs contre les contenus violents et d’autres formes de dérives numériques.
Selon Me Paola Anem, avocate au Barreau de Kinshasa-Gombe, citée par l’Agence congolaise de presse (ACP), ces dispositions figurent notamment aux articles 71, 247, 263 (point 23) et 357, constituant « un arsenal normatif cohérent et ambitieux » en matière de protection de l’enfance dans l’environnement numérique.
Par ailleurs, en mars 2026, le sénateur Yvan Kazadi a déposé une proposition de loi visant spécifiquement à protéger les mineurs dans l’environnement numérique et à encadrer l’accès aux réseaux sociaux. Le texte prévoit notamment l’instauration d’un âge minimum d’accès aux plateformes numériques, des obligations renforcées pour les opérateurs, l’interdiction de la publicité ciblant les enfants ainsi que des mécanismes de contrôle et de sanction destinés à garantir l’application effective de la loi.
Une réflexion qui devient urgente
La question de l’encadrement de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux s’impose progressivement comme un véritable enjeu de société en République démocratique du Congo. Certes, le pays devra composer avec plusieurs défis, notamment le faible niveau d’éducation au numérique, les difficultés de contrôle parental, les infrastructures techniques encore limitées pour la vérification de l’âge des utilisateurs ainsi que les capacités de régulation des autorités.
Pour autant, ces contraintes ne sauraient occulter l’urgence de préserver un environnement numérique plus sûr pour les jeunes générations. À défaut d’une réponse coordonnée associant pouvoirs publics, plateformes numériques, parents, établissements scolaires et société civile, les effets des dérives numériques risquent de peser durablement sur toute une génération.
Félix ISSA / Mongongo News
