Godé Mpoyi, député national.
En République démocratique du Congo, le franc congolais s’est raffermi face au dollar ces derniers jours, mais l’impact de cette appréciation reste encore invisible dans le quotidien des ménages. Tandis que la Banque centrale et le gouvernement se félicitent d’une politique monétaire « bien coordonnée », certains experts estiment qu’il s’agit d’une stabilité artificielle qui pourrait fragiliser davantage l’économie nationale.
À l’issue de la réunion du Comité de conjoncture économique, mardi 23 septembre, le vice-Premier ministre en charge de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, a expliqué que cette embellie résulte d’un travail conjoint entre l’exécutif et la Banque centrale du Congo (BCC). Selon lui, l’amélioration découle d’un ajustement des réserves obligatoires par la BCC, combiné à un resserrement budgétaire et à une meilleure gestion des échéances fiscales côté gouvernement. Une lecture contestée par plusieurs économistes et députés.
Pour le professeur Godé Mpoyi, élu national et économiste, une stabilité monétaire réelle se constate au marché et non sur les ordinateurs. « Le taux d’inflation de 7 % est un maquillage destiné à prolonger la survie politique du régime », déclare-t-il.
L’économiste estime que la dépréciation du franc congolais résulte du déficit de dollars dans l’économie. Pour y répondre, l’exécutif aurait choisi de comprimer les dépenses publiques — retards de paiement des agents de l’État, arriérés de salaires, absence de frais de fonctionnement.
« Cette technique, déconseillée en économie, étouffe la demande globale, viole les obligations sociales, accroît la souffrance de la population et réduit l’espace fiscal, avec pour conséquence des tensions sociales », poursuit-il.
Pour corriger la trajectoire, Mpoyi plaide pour un meilleur contrôle du rapatriement des devises par les miniers, une mobilisation accrue des recettes, une fiscalité en devises pour renforcer les réserves de change, ainsi qu’un paiement régulier des agents de l’État et une diversification de la production à long terme.
De son côté, le député Flory Mapamboli, membre de la commission Économie et Finances à l’Assemblée nationale, rappelle que la monnaie est avant tout une affaire de la Banque centrale. Il souligne que « sa stabilité permet de préserver le pouvoir d’achat de la population, [et que] son appréciation n’est bénéfique que lorsqu’elle se reflète sur les prix des biens et services ».
La semaine dernière, le dollar s’échangeait au-delà de 2 850 francs congolais. Au 25 septembre, la BCC affichait un cours moyen de 2 697,23 francs. Mais sur le terrain, la situation reste hétérogène, certaines maisons de change proposant encore 2 600, 2 640 ou 2 650 francs le dollar.
Mongongo
