Illustration : Militaires des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF)
Depuis samedi 15 février, le chef de l’armée ougandaise et fils du président Museveni (de l’Ouganda), enchaine des messages sur les réseaux sociaux, menaçant de mener des attaques sur la ville de Bunia, en RDC. Le général Muhoozi Kainerugaba a donné un ultimatum de 24 heures à « toutes les forces » présentes dans le chef-lieu de la province de l’Ituri pour déposer les armes. « Si elles ne le font pas, nous allons les considérer comme ennemies et les attaquer », a-t-il écrit.
Alors que les armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de l’Ouganda (UPDF) travaillent conjointement dans le cadre des opérations Shujaa lancées depuis 2021 contre les terroristes ADF dans une partie de la province du Nord-Kivu et une partie de l’Ituri, le général Kainerugaba a mentionné, dans un post sur son X (ex-Twitter) supprimé au lendemain de sa publication, que cet ultimatum a été donné « sur ordre du général Yoweri Museveni, commandant suprême de l’UPDF ».
Il a justifié cette menace par sa volonté de protéger « son peuple » tué à Bunia. « Mon sang est tué à Bunia, dans l’est de la RDC. Mon peuple, les Bahima (Bahema, Ndlr) est attaqué. C’est une situation très dangereuse pour ceux qui attaquent mon peuple. Personne sur cette terre ne peut tuer mon peuple et penser qu’il ne va pas en subir les conséquences », a-t-il écrit.
Dans un autre tweet, également supprimé quelque temps après, le fils de Museveni a déclaré que « Bunia sera bientôt entre les mains de l’UPDF ». Cette prise de position ne cesse de susciter des interrogations au sein de l’opinion congolaise, dans un contexte où l’Ouganda est indexé à maintes reprises parmi les soutiens de la rébellion du M23, aux côtés du Rwanda.



Le général Muhoozi Kainerugaba est réputé pour ses multiples menaces d’intervenir militairement en territoire congolais, mais également pour ses messages de glorification vis-à-vis des avancées des insurgés du M23. Toujours sur X, son canal favori pour débiter ses extravagances, il a célébré la chute des villes de Goma (Nord-Kivu) et de Bukavu (Sud-Kivu), dans l’est de la RDC, entre les mains des rebelles.
En décembre, dans une publication controversée, il avait promis d’attaquer les instructeurs militaires et mercenaires roumains qui étaient recrutés par le gouvernement congolais et déployés dans la province du Nord-Kivu. Tweet qu’il avait supprimé le lendemain après une forte pression congolaise. Il s’était moqué de la supposée capitulation desdits mercenaires à la chute de la ville de Goma. Dans un Tweet du 3 février, Muhoozi a encore menacé d’ « arrêter environ 150 mercenaires présents à Bukavu ».

En outre, Kainerugaba s’est érigé en défenseur du président rwandais, Paul Kagame, qu’il appelle affectueusement « Mon oncle », alors que celui-ci est accusé d’armer des groupes armés négatifs pour commettre des crimes en RDC. « Toute personne qui menace le Rwanda ou mon oncle, Afande Kagame, est en danger. Cette personne cherche un conflit direct avec l’Ouganda et avec moi », a-t-il écrit, le 15 février.
Le général ougandais a renforcé récemment la présence de son armée sur le territoire congolais sous couvert du partenariat avec les FARDC. Fin janvier 2025, l’armée ougandaise a annoncé qu’au moins 1000 éléments UPDF seraient déployés en RDC en raison de l’aggravation du conflit entre l’armée congolaise et le M23.
Ce lundi 17 février, les FARDC et une délégation de l’UPDF se sont rencontrées à Bunia, 24 heures après l’expiration de l’ultimatum lancé par Kainerugaba aux forces présentes dans la ville. Au terme de cette réunion, l’armée congolaise a appelé la population au calme et à ne pas céder à la panique. « Vaquez librement à vos occupations », a lancé le lieutenant Jules Ngongo, porte-parole de l’armée en Ituri.
La question reste : « Les déclarations du fils de Museveni, le général Muhoozi Kainerugaba, sont-elles à balayer tout simplement ou à prendre au sérieux ? »
