Illustration: Le conseiller spécial du président Tshisekedi en matière de sécurité, Kolongele Eberande, consulte la Première ministre Judith Suminwa. 24/3/2025. © droits tiers //
En République démocratique du Congo, des consultations nationales supposées aboutir à la formation d’un « gouvernement d’union nationale », à la hauteur de faire face aux défis actuels du pays, sont en cours depuis le début de semaine, dans un contexte où le pays, dans sa partie orientale, fait face au conflit impliquant le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda. Cette démarche politique, boudée par une large majorité des opposants, maintient une hésitation au sein de l’opinion nationale, qui espère un changement significatif.
Kinshasa, 26 mars 2025. – Après avoir rencontré lundi 24 mars, au lancement, la Première ministre Judith Suminwa, le président du Sénat, Sama Lukonde, le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe et quelques leaders de l’Union sacrée de la nation (USN), le conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité, Désiré Kashmir Kolongele Eberande, a reçu mardi les « forces politiques » membres de la plateforme au pouvoir.
Si nous en croyons l’agenda livré le week-end dernier (22/3/025) par le cabinet du conseiller spécial du président Tshisekedi, il est prévu que les acteurs de la société civile, « dans toute sa diversité, incluant les confessions religieuses », « les partis d’opposition, parlementaires et extraparlementaires », ainsi que « des personnalités indépendantes ou figures marquantes dans divers secteurs » soient également consultés, à condition de s’engager dans le cadre du « respect strict de la Constitution, de l’intangibilité des frontières nationales et de l’unité nationale comme fondements ».
Entre doute et méfiance
Les consultations en cours ne font pas l’unanimité dans l’arène politique congolaise, d’autant plus que la crème de l’opposition s’en lave déjà les mains. Le Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila, par exemple, s’est déclaré « non concerné », estimant que « ces consultations ne sont rien de plus qu’une offre générale d’emplois qui ne peut intéresser que ceux pour qui l’accès aux hautes fonctions de l’Etat n’est qu’un moyen rapide d’enrichissement personnel ».
Du côté de « Ensemble pour la République » de Moïse Katumbi, de l’ECIDé de Martin Fayulu ou encore de l’Envol de Delly Sesanga, l’on pense que les consultations en vue de la mise en place d’un nouveau gouvernement ne contribueront pas à résoudre les crises auxquelles le pays est confronté. Ces organisations politiques s’alignent plutôt dans la démarche du Pacte social pour la paix, initiée par les religieux de la CENCO et de l’ECC.
Mêmes acteurs, même décor : à quoi s’attendre ?
« Les scénarii passés sont en passe de se répéter », redoutent des analystes avisés. Cependant, les deux premiers jours de défilés des acteurs politiques dans l’office du conseiller spécial Kolongele Eberande, précisément des cadres de l’USN, suffisent-ils pour en déduire que ce processus implique les mêmes acteurs visibles depuis des lustres dans les hauts circuits des institutions de la République, avec « presque rien » comme résultat concret ?
Rentrant dans l’histoire récente, les consultations entamées donnent l’impression d’avoir l’air du déjà-vu. Les rouages précédant les grandes nominations ont présenté bien de similitudes, aussi bien du point de vue de la taille du gouvernement que des figures désignées : de la coalition FCC-CACH au troisième gouvernement de l’Union sacrée, les consultations organisées en vue de la formation du gouvernement ont dans la plupart des cas abouti à la reconduction des mêmes animateurs, bien qu’avec parfois de faibles taux de nouveauté.
En l’absence de l’opposition, la formation du futur exécutif d’unité nationale serait exposé à tourner en une lutte de positionnement des acteurs et des formations politiques, qui conduirait à un remaniement on ne peut plus habituel, plombant ainsi l’espoir de changement attendu.
L’issue de ce énième cycle nous en dira davantage !
