Dr Denis Mukwege Gynécologue congolais et Prix Nobel de la Paix 2018 © Droits tiers
Ce 2 août 2025, à l’occasion de la commémoration du Genocost — terme désignant le génocide congolais motivé par des intérêts économiques et marquant le début de la deuxième guerre du Congo — le Dr Denis Mukwege a une nouvelle fois appelé à la justice pour les victimes des violences en République démocratique du Congo.
Dans une déclaration rendue publique à cette occasion, le Prix Nobel de la Paix a rappelé que le déclenchement de la guerre en 1998 a ouvert la voie à un cycle de violences ininterrompu, qualifiant ce conflit de plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale.
« Nous rendons hommage aux victimes et aux communautés martyres de trois décennies d’exploitation, d’asservissement et d’extermination planifiée », a déclaré l’illustre gynécologue congolais.
Mukwege estime que l’actuelle guerre d’agression dans l’est de la RDC s’inscrit dans une continuité historique, amorcée depuis 1998. Il cite à cet égard le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC, qui dénonce un pillage massif des ressources minières dans les zones sous occupation du M23, appuyé par l’armée rwandaise.
« [Ce pillage] compromet sérieusement l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement des minerais stratégiques, essentiels à l’économie mondiale », déplore-t-il.
Il fustige également l’attitude des autorités congolaises, accusées de brader les ressources nationales et d’abandonner la souveraineté du pays à travers des accords de paix précipités, opaques et non inclusifs, faisant référence aux processus de médiation de Washington et Doha, respectivement entre la RDC et le Rwanda, et entre le gouvernement congolais et le groupe armé AFC/M23.
« À l’instar de la présence prédatrice des opérateurs chinois en RDC, les récentes initiatives diplomatiques s’inscrivent une fois de plus dans une logique néocoloniale extractiviste choquante », dénonce-t-il.
Dans le même élan, Mukwege s’inquiète de l’avancée du projet de “balkanisation” de la RDC, qu’il juge désormais difficile à enrayer. Il critique notamment le projet de fédéralisme porté par le M23/AFC, qu’il perçoit comme une tentative déguisée de démembrement du pays, dans un contexte de dérive institutionnelle.
Fidèle à son combat, le docteur Mukwege a réaffirmé sa position constante en faveur d’une justice transitionnelle en RDC. Comme lors des précédentes commémorations du Genocost, il se pose en chantre d’une paix fondée sur les droits des victimes.
« En cette journée du Genocost — qui signifie “génocide pour des gains économiques” — nous réaffirmons que la justice pour les millions de victimes congolaises est non négociable. Aucun accord ne pourra mener à une paix durable en sacrifiant la justice et le droit international », a-t-il martelé.
Mongongo
