POUR ILLUSTRATION / Une partie d'installation dans la mine de Tenke Fungurume. Droits : AFP
Un rapport accablant met en cause, depuis quelques semaines, la mine et l’usine de Tenke Fungurume Mining (TFM), exploitées par le groupe chinois CMOC, pour des « pollutions de l’air répétées » qui auraient déclenché une crise sanitaire dans la cité de Fungurume, au sud-est de la République démocratique du Congo. Des accusations catégoriquement rejetées par l’entreprise, tandis que les autorités congolaises ont annoncé l’ouverture d’une enquête.
Selon un communiqué du ministère des Mines, daté du 19 mars et consulté par Mongongo News, le gouvernement s’est saisi de ce dossier sensible, marqué notamment par le déplacement de plus de 10 000 habitants dans les zones de Tenke et Fungurume, dans la province du Lualaba. L’objectif affiché est d’établir les faits et de statuer sur d’éventuelles responsabilités.
À l’origine de ces révélations, l’Agence d’investigation environnementale (EIA) et l’ONG congolaise PremiCongo évoquent une dégradation persistante de la qualité de l’air, liée à des émissions massives de dioxyde de soufre (SO₂), un gaz toxique issu du traitement du cuivre et du cobalt. Dans leur rapport publié le 9 mars 2026, les deux organisations attribuent directement ces rejets aux activités de TFM, qui exploite l’un des plus vastes gisements de cobalt au monde.
Le cobalt, dont la RDC détient plus de 70 % des réserves mondiales, constitue un métal stratégique au cœur de la transition énergétique. Il entre notamment dans la fabrication des batteries lithium-ion utilisées dans les véhicules électriques, plaçant le pays, et particulièrement la société concernée, au centre des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les auteurs du rapport affirment s’appuyer sur un ensemble d’éléments, dont plus de 1 200 dossiers médicaux anonymisés provenant d’une clinique située à proximité du site industriel. Ils font état d’une augmentation de cas de saignements de nez, de toux persistantes, de vomissements de sang ainsi que de plaintes pour de fausses couches, évoquant une crise sanitaire qui s’est propagée et pourrait s’être aggravée au sein de la population.
TFM conteste des conclusions « non étayées »
Face à ces accusations, Tenke Fungurume Mining rejette en bloc les conclusions du rapport. Dans une déclaration publiée le 17 mars, l’entreprise dénonce des « allégations et interprétations factuellement inexactes ou fondées sur des hypothèses non étayées ».
Vous voudriez aussi lire cet article : Lualaba : Relocalisation imminente des creuseurs et traque des réseaux illégaux après le drame minier de Kakanda – MONGONGO NEWS
Exploitant une unité industrielle majeure — notamment l’usine dite « 30K », avec une capacité de traitement estimée à 30 000 tonnes de minerais par jour — TFM affirme accorder une importance prioritaire au respect des normes environnementales et à la santé des communautés riveraines.
La société remet également en cause la méthodologie des enquêteurs, pointant des incohérences dans les données utilisées, les outils de mesure de la qualité de l’air et la représentativité des dossiers médicaux analysés. Elle estime notamment que les conclusions du rapport reposent sur des données limitées, sans prise en compte de facteurs tels que l’évolution démographique ou l’amélioration de l’accès aux soins dans la région.
Une enquête officielle pour trancher
Face à la controverse, le gouvernement congolais a engagé une démarche d’évaluation. Une réunion de concertation tenue le 18 mars a réuni les services techniques des ministères des Mines et de l’Environnement afin d’examiner la situation.
Les autorités évoquent, à ce stade, des « allégations non vérifiées » et annoncent le déploiement d’une mission conjointe sur le terrain. Celle-ci devra procéder à des analyses techniques portant notamment sur la qualité de l’air, la conformité des rejets industriels et le respect des normes environnementales et sociales.
Parallèlement, TFM a été appelée à fournir des éléments techniques détaillés sur ses pratiques. Un rapport est attendu à l’issue de ces investigations, que le ministère des Mines assure vouloir conduire dans le respect des principes de transparence, de rigueur scientifique et d’impartialité. Des mesures administratives pourraient aussi en découler.
Mongongo News
