Dr Denis Mukwege Gynécologue congolais et Prix Nobel de la Paix 2018 © Droits tiers
Alors que la République démocratique du Congo et le Rwanda ont récemment paraphé à Washington un document préliminaire à l’Accord de paix sous médiation américaine et observation du Qatar, le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix, monte au créneau. Dans une déclaration publiée ce 19 juin, le célèbre gynécologue dénonce les zones d’ombre de cet accord et appelle à replacer la justice au cœur de toute solution durable dans la région des Grands Lacs.
Le texte, signé par les délégations techniques des deux pays, évoque un engagement à respecter l’intégrité territoriale, à désarmer les groupes armés non étatiques, à faciliter le retour des réfugiés et à promouvoir une coopération économique régionale. Mais pour Mukwege, ce document « vague » élude des questions fondamentales : l’agression du territoire congolais, le soutien militaire du Rwanda au M23, et les crimes massifs commis contre les civils congolais.
« Aucun accord ne doit passer sous silence les massacres à grande échelle, les viols de masse et les déplacements forcés de millions de personnes », martèle le Dr Mukwege. Il déplore l’absence d’un langage clair sur la cessation immédiate des hostilités et sur le retrait inconditionnel des troupes rwandaises, pourtant exigé par la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le contexte de cet accord est particulièrement tendu. Depuis plusieurs mois, la situation dans l’Est de la RDC s’est à nouveau détériorée, avec la résurgence du M23, largement soupçonné d’être soutenu par Kigali. La déclaration du 18 juin tente d’apaiser les tensions, mais aux yeux de nombreux observateurs, dont Mukwege, elle ressemble davantage à une tentative diplomatique de sauver les apparences qu’à un véritable engagement en faveur de la paix.
« Cet accord ne fait que blanchir les crimes passés et présents de l’agresseur, sous couvert de coopération économique », poursuit le Prix Nobel. Il craint que la « cogestion des ressources naturelles » évoquée dans l’accord ne soit, en réalité, qu’un mécanisme de légitimation du pillage des richesses congolaises au profit d’un voisin accusé d’avoir orchestré guerre et instabilité.
Dans son communiqué, Mukwege dénonce également l’opacité des négociations et le manque d’inclusivité. Il appelle à une participation significative des femmes et des jeunes, rappelant que la paix véritable ne peut être imposée depuis des capitales étrangères sans le peuple congolais. « La paix ne peut se réduire à faire taire les armes ; elle doit se fonder sur la vérité, la justice et la réparation », insiste-t-il.
Sur le terrain, les réactions sont partagées. Certains saluent l’initiative diplomatique comme un pas vers la désescalade, tandis que d’autres, à l’instar du Dr Mukwege, pointent du doigt une logique néocoloniale où les intérêts économiques priment sur la souffrance des populations locales. La crainte est grande que l’accord ne reproduise les erreurs du passé : des traités conclus sans traiter les causes profondes du conflit.
Pour Mukwege, l’impunité est le véritable ennemi de la paix. Il exhorte les négociateurs à ne pas contourner les mécanismes de justice transitionnelle. Il s’agit, selon lui, du seul moyen d’éviter une nouvelle répétition des cycles de violence. « La justice n’est pas négociable », conclut-il dans une formule sans équivoque.
Mongongo
