En République démocratique du Congo, l’ONU alerte sur une aggravation rapide de la crise des droits humains, avec 2 560 violations recensées ayant touché 6 760 victimes entre octobre 2025 et février 2026, soit en moins de cinq mois. L’essentiel de ces exactions est concentré dans les provinces de l’est, notamment les deux Kivu, le Maniema et l’Ituri, déjà en proie à des conflits persistants.
Le Bureau du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits humains (BCNUDH) évoque une situation « en nette détérioration », marquée par des attaques indiscriminées et une insécurité généralisée. Il s’inquiète que les civils paient le prix le plus lourd d’un conflit fragmenté impliquant plusieurs groupes armés, dont le M23, les ADF et la CODECO, mais aussi les affrontements avec les forces gouvernementales appuyées par des milices locales.
Un bilan présenté par Nada Al-Nashif, Haute-Commissaire adjointe des Nations unies aux droits de l’homme, peint un tableau alarmant : près de 600 exécutions sommaires ayant causé plus de 1300 morts, environ 1500 enlèvements et plus de 1200 cas de violences physiques, incluant torture et traitements inhumains. À cela s’ajoutent 450 victimes de violences sexuelles, un phénomène décrit comme systémique et utilisé comme arme de guerre, touchant notamment femmes et enfants.

Dans certaines zones, les atrocités atteignent des niveaux extrêmes. Le rapport évoque des charniers contenant jusqu’à 200 corps présumés qui ont été découverts après le retrait de groupes armés. À Uvira, ville stratégique du Sud-Kivu, les combats ont entraîné une succession de prises de contrôle, accompagnées d’exécutions sommaires, de pillages et d’attaques contre des lieux de culte et des organisations humanitaires.
L’intensification des moyens militaires inquiète également. En février, 31 frappes de drones et aériennes ont été enregistrées, un record mensuel selon les données de l’organisation ACLED. L’une d’elles a coûté la vie à une humanitaire de l’UNICEF à Goma.
Au-delà de l’Est, les tensions s’étendent. Dans l’Ouest, les violences intercommunautaires entre Teke et Yaka ont entraîné le déplacement d’au moins 146 000 personnes, tandis que la crise humanitaire atteint un seuil critique avec plus de 26 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire et plus de 8 millions de déplacés internes à l’échelle nationale.
Parallèlement, l’espace civique se rétrécit : arrestations arbitraires, détentions au secret et actes de torture visent journalistes, opposants et défenseurs des droits humains, a mentionné Nada Al-Nashif.
Face à cette spirale, les Nations unies appellent à un cessez-le-feu immédiat, au retrait des forces étrangères, dont rwandaises, et à une pression diplomatique accrue pour faire respecter les engagements internationaux. Elles exhortent également les autorités congolaises à mettre fin aux atteintes aux libertés fondamentales et à renforcer les mécanismes de justice, alors que les capacités d’enquête restent largement insuffisantes. « Une paix durable est impossible sans respect des droits humains », a insisté la responsable onusienne.
