Human Rights Watch accuse le M23 et le gouvernement rwandais d’organiser la déportation forcée d’environ 1 500 civils congolais vers le Rwanda, une violation grave des Conventions de Genève. Cette opération s’inscrit dans un contexte de tensions exacerbées dans l’est de la RDC, où les populations civiles subissent violences, déplacements et abus, alimentant une crise humanitaire profonde.
Selon HRW, le groupe rebelle M23, avec l’appui actif du gouvernement rwandais, aurait orchestré la déportation de plus de 1 500 civils congolais vers le Rwanda. Ces actes, en violation flagrante des Conventions de Genève, constituent des crimes de guerre, dénonce l’Organisation non-gouvernementale.
Ces transferts forcés n’auraient rien d’un processus humanitaire. HRW décrit une mécanique brutale : des camps de déplacés démantelés autour de Goma, des familles déracinées, rassemblées, puis envoyées de l’autre côté de la frontière. Certaines l’auraient été sous la menace, d’autres sans même comprendre les raisons de ce déplacement.
L’ONG américaine met également en lumière le rôle trouble du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), accusé d’avoir facilité certains de ces transferts, en toute illégalité. Selon elle, le M23 aurait profité d’opérations de relocalisation, avec la complaisance du HCR, pour faire passer des civils vers le Rwanda dans un contexte de suspicion généralisée contre les réfugiés hutus rwandais installés de longue date au Congo, désignés par Kigali par le narratif de « FDLR ».
Ce schéma, que l’organisation qualifie de « stratégie de nettoyage » dans les zones sous contrôle du M23, s’inscrit dans un plan plus large visant à affaiblir les bases sociales perçues comme favorables aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), ennemis jurés de Kigali. HRW redoute qu’il ne s’agisse que d’un prélude à une transformation démographique orchestrée de la région.
Depuis Kolwezi, au sud du pays, le vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a confirmé devant la presse, le 13 juin dernier, avoir officiellement saisi le HCR et dénoncé un repeuplement planifié dans les territoires congolais occupés par le M23.
Cette démarche a été officialisée ce mardi 17 juin à Genève, où la ministre congolaise des Droits humains, Chantal Chambu Mwavita, a rencontré le Haut-commissaire des Nations-Unis pour les réfugiés, Filippo Grandi. La ministre a demandé au chef du HCR de suspendre tout processus de déportation en l’absence de l’Etat congolais.
Les accusations de HRW s’ajoutent à une série de rapports qui incriminent le Rwanda pour son implication militaire directe dans l’est de la RDC. Selon Clémentine de Montjoye, chercheuse senior Afrique pour l’organisation, le Rwanda contrôle de facto le M23, et doit être tenu responsable des exactions commises sur le terrain. Elle évoque une chaîne de commandement opaque, mais désormais bien documentée.
Déjà en début d’année, lors des batailles de Goma et Bukavu, Kigali avait été accusé d’avoir fourni un appui logistique décisif à la rébellion. HRW y voit un schéma récurrent : occupation de zones stratégiques, pression sur les populations civiles, et consolidation de l’emprise territoriale par des moyens illégaux.
En mars dernier, les autorités congolaises avaient alerté la communauté internationale sur un prétendu plan d’implantation de familles rwandaises dans les territoires conquis, une accusation que Kigali avait immédiatement rejetée. Mais l’alerte de HRW donne aujourd’hui un nouveau crédit à cette hypothèse, en exposant des faits concrets étayés par des témoignages et des preuves documentaires.
Félix I. / Mongongo
