ILLUSTRATION / Agents de santé revêtant leurs équipements de protection individuelle. Nord-Kivu. Photo : Banque mondiale/2019
Déjà confrontée à une insécurité chronique, marquée par l’activisme de plusieurs groupes armés, à l’instar des terroristes ADF/MTM, de rebelles de la CRP ou encore des miliciens de la CODECO, la province de l’Ituri replonge dans une nouvelle crise sanitaire. Une flambée de la maladie à virus Ebola y a déjà causé plus de 60 décès dans les zones de santé de Mongwalu et de Rwampara, poussant le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) à convoquer une réunion d’urgence en vue d’une « réponse rapide et coordonnée ».
L’alerte a été lancée vendredi (15 mai 2026) par Africa CDC, qui dit suivre de près l’évolution de cette nouvelle épidémie déclarée dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon l’agence sanitaire de l’Union africaine, environ 246 cas suspects et 65 décès ont été recensés jusqu’ici, principalement dans les zones sanitaires de Mongwalu et de Rwampara, en Ituri.
Des analyses préliminaires menées par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), après consultations avec le ministère congolais de la Santé et l’Institut national de santé publique, ont permis de détecter le virus Ebola dans 13 des 20 échantillons testés. Les autorités sanitaires indiquent toutefois que le séquençage du virus est toujours en cours afin d’identifier avec précision la souche impliquée.
Parmi les décès enregistrés, quatre concernent des cas déjà confirmés en laboratoire. Des cas suspects ont également été signalés à Bunia, chef-lieu provincial, où les analyses se poursuivent.
Risque de détérioration de la situation humanitaire
Cette résurgence intervient dans un contexte particulièrement fragile pour l’Ituri, province placée sous état de siège depuis 2021 en raison des violences armées persistantes. Entre attaques rebelles, déplacements massifs de populations et tensions communautaires, plusieurs territoires vivent déjà sous pression sécuritaire permanente. La présence des ADF, affiliés au groupe État islamique, ainsi que de groupes armés locaux comme la CRP (groupe armé de Thomas Lubanga) et la CODECO, complique davantage la situation humanitaire et les interventions sanitaires dans certaines zones touchées.
Pour Africa CDC, plusieurs facteurs augmentent le risque d’une propagation rapide de l’épidémie : la densité urbaine de Bunia et Rwampara, l’importante mobilité liée aux activités minières dans la cité aurifère de Mongwalu, les mouvements transfrontaliers avec l’Ouganda et le Soudan du Sud, mais aussi les difficultés de traçage des contacts dans des zones affectées par l’insécurité.
Face à cette menace, l’agence sanitaire africaine a convoqué une réunion de coordination régionale de haut niveau réunissant les autorités sanitaires de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud, ainsi qu’une série de partenaires internationaux, parmi lesquels l’Organisation mondiale de la santé, l’UNICEF, Médecins Sans Frontières, la Banque mondiale, ou encore plusieurs laboratoires et institutions de recherche engagés dans la lutte contre Ebola.
Les discussions doivent notamment porter sur le renforcement de la surveillance épidémiologique, la coordination transfrontalière, la prévention et le contrôle des infections, la gestion des laboratoires, la communication des risques ainsi que l’organisation d’inhumations sécurisées et dignes.
« Compte tenu des importants mouvements de population entre les zones touchées et les pays voisins, une coordination régionale rapide est essentielle », a déclaré Jean Kaseya, assurant que l’institution travaille avec les autorités congolaises et les partenaires internationaux pour tenter de contenir rapidement la flambée.
Identifiée pour la première fois en 1976 dans l’ancien Zaïre, aujourd’hui RDC, la maladie à virus Ebola demeure l’une des fièvres hémorragiques les plus redoutées au monde. La transmission humaine se fait par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou avec des surfaces contaminées. Les symptômes incluent notamment la fièvre, les douleurs musculaires, les vomissements, les diarrhées et, dans les cas sévères, des hémorragies.
Cette nouvelle flambée constitue la 17e épidémie d’Ebola enregistrée en RDC. Le pays reste marqué par l’épidémie la plus meurtrière de son histoire récente, survenue entre 2018 et 2020 dans l’est du pays, qui avait causé près de 2 300 morts. Plus récemment encore, une autre épidémie déclarée dans le centre du pays avait officiellement été déclarée éradiquée en décembre 2025 après plusieurs dizaines de décès.
