Dr Denis Mukwege Gynécologue congolais et Prix Nobel de la Paix 2018 © Droits tiers
Le docteur Denis Mukwege a vivement critiqué les crises récurrentes au sommet des institutions de la République démocratique du Congo, sur fond de tensions liées au débat sur une éventuelle révision constitutionnelle et à la gestion de la situation sécuritaire dans l’est du pays.
Dans une déclaration datée du 21 mars, le Prix Nobel de la paix s’est interrogé sur le fonctionnement des institutions congolaises : « Qu’est-ce qui se passe au sommet des institutions en République démocratique du Congo ? ».
Ses propos interviennent dans un contexte marqué par plusieurs démissions au sein des chambres parlementaires. Le 22 septembre 2025, Vital Kamerhe avait quitté la présidence de l’Assemblée nationale sous la pression d’une pétition dénonçant une « mauvaise gestion ». Plus récemment, le 18 mars 2026, Modeste Bahati Lukwebo a démissionné de son poste de deuxième vice-président du Sénat, également à la suite d’une pétition en destitution pour « incompétence ».
Pour Denis Mukwege, ces évolutions traduisent un dysfonctionnement profond des institutions. Il estime que les responsables politiques concernés « ont osé exercer leur fonction, qui est celle de représenter le peuple », dans un contexte qu’il juge contraire aux principes démocratiques.
« Dans une démocratie normale, les représentants du peuple contrôlent l’action présidentielle et celle du gouvernement. Mais au Congo, c’est le président qui sanctionne les députés qui osent exprimer leur désaccord en utilisant ses relais au Parlement », a-t-il déclaré.
Le gynécologue a également interpellé les élus sur leur responsabilité et leur posture face aux enjeux nationaux, mettant en cause leur capacité à défendre les intérêts de la population.
« Vous faites honte au peuple que vous représentez et à nos ancêtres qui nous ont appris à mourir debout pour éviter de pourrir. Mourir couché, c’est mourir sans dignité », a-t-il lancé.
Dans le même temps, Denis Mukwege a reproché aux deux figures politiques leur manque de constance face aux pressions.
« En osant vous opposer au projet de changement de la Constitution alors que notre pays est en guerre, vous avez eu le courage de dire la vérité. Votre responsabilité et votre dignité auraient dû vous amener à rester fermes, quel que soit le prix à payer », a-t-il poursuivi.
Enfin, dénonçant une « hypocrisie » au sein de la classe dirigeante, y compris le gouvernement, il a exhorté le président Félix Tshisekedi « à ne pas suivre les tambourinaires », qu’il accuse d’agir pour des intérêts personnels au détriment de l’intérêt général.
