Poignée de main entre les ministres des Affaires étrangères de la RDC et du Rwanda apprès la signature de l'Accord de paix, au Département d'Etat américain. Droits tiers
La signature de l’accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, le vendredi 27 juin à Washington DC, continue de faire réagir sur la scène politique congolaise. Si certains y perçoivent un pas vers la fin du conflit dans l’Est du pays, l’accord soulève, pour d’autres, des inquiétudes, voire des critiques virulentes, quant à son contenu et ses implications.
Parmi les premiers à saluer l’initiative, Steve Mbikayi, député national et cadre de l’Union sacrée, estime que cet accord ravive l’espoir du rétablissement de la paix. Dans une tribune libre, il félicite le président Félix Tshisekedi, à qui il attribue le mérite de ce « tournant historique ».
« Par la voie diplomatique, Félix Tshisekedi a réussi ce que nul avant lui n’avait accompli. Par la diplomatie, il vient de vaincre le cycle infernal d’une guerre qui dure depuis plus de trente ans, tout en faisant l’économie des morts », écrit-il.
De son côté, l’opposant Moïse Katumbi a salué sur X (anciennement Twitter) « une lueur d’espoir pour l’Est longtemps meurtri ». Il remercie également le président américain Donald Trump pour son rôle dans la facilitation de cet accord.
« Depuis des années, nous ne cessons d’affirmer que la paix véritable ne se construit ni avec les armes ni dans la violence, mais par le dialogue, la justice et la bonne gouvernance. C’est ce combat que nous avons toujours mené et que nous continuerons à porter avec conviction », a souligné le président du parti Ensemble pour la République.
Mais tous ne partagent pas cet enthousiasme. Jean-Marc Kabund, président de l’Alliance pour le changement (ACh), se montre réservé. Selon lui, l’accord va dans la bonne direction, mais comporte « des incohérences, des zones d’ombre et des pièges pour la RDC ».
« Le moment d’un dialogue intercongolais que nous appelons de tous nos vœux est arrivé », plaide-t-il.
Plus tranchant, Jean-Baptiste Kasekwa, cadre de l’ECIDé de Martin Fayulu, parle d’un piège tendu par le Rwanda. Il accuse Tshisekedi et Trump d’avoir cédé aux pressions de Paul Kagame, citant « l’agenda caché des négociations de Doha, obtenu au prix du carnage de Goma et Bukavu ».
Enfin, le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, n’a pas mâché ses mots. Dans un discours prononcé le jour de la signature, il a carrément parlé d’un « scandale » et se porte à faux contre les clauses économiques du document.
« En signant cet accord, le régime de Kinshasa a abandonné sa souveraineté aux forces d’agression, et légitimise l’occupation et les opérations d’une armée à la base de millions de morts, de centaines de femmes violées et du déplacement de millions de Congolais », a déclaré le gynécologue congolais lors d’une soiré à Wolubilis (Belgique).
Pour rappel, l’accord signé engage les deux États à respecter l’intégrité territoriale, à cesser tout soutien aux groupes armés, à désengager les forces illégales, à faciliter le retour des déplacés, et à mettre en place un mécanisme conjoint de sécurité, basé sur le CONOPS du 31 octobre 2024. Il prévoit également un cadre d’intégration économique régionale.
Prochaine étape : l’entérinement officiel par les présidents Félix Tshisekedi de la RDC et Paul Kagame du Rwanda, attendus prochainement à un sommet autour de Donald Trump, en présence d’autres chefs d’État africains, à en croire des sources proches du dossier.
Félix I. / Mongongo
