Déclaration des notables du groupement Munigi, NK. Crédit : © Etienne M.
Reconnu par la Commission consultative de règlement des conflits coutumiers (CCRCC) comme chef du groupement Munigi, une entité coutumière de la chefferie de Bukumu en territoire de Nyiragongo, province du Nord-Kivu, Mutumishi Amani Kifende risquerait de perdre son trône des suites d’une nouvelle décision du vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, annonçant la remise à zéro les travaux effectués par cette commission.
Cette nouvelle prise de position n’a pas manqué de heurter la sensibilité des notables de Munigi, qui, à travers une déclaration commune publiée ce samedi 9 Novembre 2024, se disent choqués après avoir été mis au courant du message officiel du ministère de l’Intérieur, qui annonce la mise en place d’une commission chargée d’entamer une nouvelle étude des conflits coutumiers dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Selon eux, cette décision leur « préjudicie énormément ».
Dans leur déclaration, ces notables disent ne pas comprendre « le pourquoi de ressusciter un dossier qui avait déjà été résolu par la commission habilitée et qui avait tranché en faveur de l’ayant-droit reconnu par la famille et par toute la communauté ».
« Il est déplorable qu’une commission soit en route pour Goma, selon les informations à notre possession, dans l’objectif de remettre à zéro tous les travaux effectués par la CCRCC/Nord-Kivu, pour organiser de nouvelles consultations afin de proclamer d’autres chefs de chefferie et de groupements en lieu et place de ceux qui sont en fonction et qui ont été installés après les consultations organisées dans le respect de la loi », fustigent-ils.
Ils pensent que cela n’est pas étonnant, d’autant plus qu’ « une certaine main noire » serait derrière cette démarche, citant le nom d’un député provincial qui aurait usurpé ce trône pendant de longues années avant d’être détrôné par la CCRCC, et qui aurait soudoyé certaines autorités au niveau national en vue d’y être réhabilité.
« L’autorité n’est-elle pas en train de se contredire dans ses décisions », s’interrogent bon nombre des familiers du chef de groupement Mutumishi Kifende, qui brandissent à titre d’exemple, la décision du 15/6/2023 portant N° 25/CAB/VPM/MININTERSECAC/PKK/1350/2023 du ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, instruisant au gouverneur militaire du Nord-Kivu de procéder à l’installation du mwami Kifende, proclamé ayant-droit par la CCRCC, à la tête du groupement Munigi.
Face à ce qu’ils qualifient de manœuvres déstabilisatrices de leur chefferie et groupement, ces notables demandent au président de la République de bien veiller aux dossiers coutumiers sensibles en vue de ne pas créer de tensions, en cette période où la RDC fait face à l’agression rwandaise.
Ils appellent aussi la Première ministre à apporter son soutien à la CCRCC qui ne cesse d’accomplir sa mission comme il se doit. Au même moment, ces notables recommandent au VPM de l’Intérieur de ne pas rejeter les décisions de la CCRCC/Nord-Kivu, et à toutes les autorités du pays, de s’impliquer dans cette affaire.
Étienne MOSENGO
