Illustration: responsables de la CENCO et de l'ECC au sortie de l'audience avec le président Tshisekedi. Lundi 3 fév. 025. Crédits : Comm. Présidence RDC.
Environ une semaine après la prise de la ville de Goma (RDC) par la coalition rebelle AFC/M23 activement appuyée par l’armée rwandaise (RDF), la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a adressé un message de compassion et de solidarité à la population des provinces du Nord et du Sud-Kivu. Les évêques sont sortis de leur silence après « un temps de recueillement » qu’ils ont observé au regard de la gravité de la situation et la grandeur de l’émotion.
Kinshasa, mardi 4 février 2025. Dans un message rendu public lundi, la CENCO déplore l’intensification des combats entre les Forces armées de la République démocratique du Congo et les rebelles de l’AFC/M23, qui ont causé « d’énormes pertes en vies humaines et des pillages dans la ville de Goma et les cités environnantes, et exacerbé les déplacements massifs des populations déjà appauvries par des conflits récurrents que ces provinces subissent depuis une trentaine d’années ».
« Nous saisissons la présente occasion pour adresser nos condoléances les plus chrétiennes à toutes les familles qui ont perdu les leurs dans cette guerre de trop et exprimer notre compassion à tous ceux qui sont éprouvés par ces tristes événements », a écrit Monseigneur Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi et président en exercice de la CENCO.
La CENCO a rappelé, dans le même message, que « le Pape François, lors de l’Audience générale du 29 janvier 2025, a exhorté les parties en conflit à s’engager pour la cessation des hostilités et pour la sauvegarde de la population civile », tout en recommandant « aux autorités locales et à la communauté internationale de tout mettre en œuvre pour résoudre la situation conflictuelle par des moyens pacifiques ». Elle remet, en outre, sur le tapis un appel lancé conjointement avec l’Eglise du Christ au Congo (ECC), plaidant « en faveur du Pacte social pour la paix et le bien vivre ensemble en Rd Congo et dans les Grands-Lacs ».
Un plan de sortie de crise « sans bain de sang » proposé par la CENCO et l’ECC
Les responsables religieux catholiques et protestants ont travaillé de concert pour élaborer un projet de « sortie de crise sans bain de sang » dans l’est de la RDC. Ce plan a été au cœur de la rencontre, lundi 3 février, entre les représentants de ces deux églises avec le président de la République, Félix Tshisekedi.

« Les deux églises ont pris l’initiative de concevoir ce projet de sortie de crise que nous avons présenté ce jour au Chef de l’Etat. Il l’a reçu avec beaucoup d’attention, il l’a beaucoup apprécié et nous a encouragés. C’est un projet louable », a expliqué Mgr Donatien Nshole, secrétaire général et porte-parole de la CENCO, au sortir de cette audience. À la même occasion, le secrétaire général de l’ECC, le révérend pasteur Eric Senga, a précisé que « l’approche qui est la nôtre n’est pas de savoir qui est le démon et qui est l’ange, mais voir comment nous construisons sur base de nos valeurs ».
Pour Mgr Fridolin Ambongo, Cardinal et Archevêque métropolitain de Kinshasa « la situation que vivent actuellement nos frères et sœurs à l’est du pays (…) est incompréhensible. Nous n’arrivons pas à comprendre ce que ces gens ont fait pour mériter un traitement aussi indigne de l’être humain et qui dure depuis trois décennies. Voilà pourquoi nous, comme pasteurs, tout en prenant notre responsabilité à aller vers les uns et les autres pour chercher des solutions, nous voulons d’abord exprimer notre compassion, notre proximité et aussi notre solidarité envers nos frères et sœurs, qui vivent à Goma, Bukavu, Beni et Butembo, affectés par cette situation ».

Le même lundi, une délégation mixte CENCO-ECC a été reçue en audience par le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, conduite par le président de la CENCO, Mgr Fulgence Muteba, et constituée de Mgr Donatien Nshole, et du pasteur Eric Senga de l’ECC. Le président de la CENCO a affirmé que le plan de sortie de crise sera également présenté aux forces vives, aux acteurs politiques de l’opposition et à d’autres Chefs d’Etat africains.
Félix ISSA / Mongongo
