Photo d'une jeune femme élève enceinte. © Edu-NC
En République démocratique du Congo, une vive controverse oppose le ministère de l’Éducation nationale à la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) autour d’une mesure autorisant les jeunes filles enceintes à poursuivre leur scolarité. Une instruction officielle que les responsables catholiques rejettent ouvertement, invoquant la moralité et le respect des mœurs chrétiennes.
Kinshasa, 17 juillet 2025. La note circulaire du secrétaire général intérimaire à l’Éducation nationale, Alexis Yoka, datée du 14 juillet, interdit aux établissements scolaires d’exclure les élèves enceintes, conformément aux engagements nationaux et internationaux en faveur d’une éducation inclusive et de l’égalité de genre.
Mais cette directive ne passe pas dans les rangs de la Commission Episcopale pour l’Education chrétienne et Coordination nationale des écoles conventionnées catholiques (Eccath), un organe de la CENCO œuvrant dans le secteur de l’Education.
Dans une lettre d’orientation adressée aux coordonnateurs provinciaux, diocésains et conseillers résidents des écoles conventionnées catholiques (Eccath), le Coordinateur national, l’Abbé Emmanuel Bashiki, désavoue formellement la mesure. Il y voit une contradiction directe avec l’Accord spécifique sur l’éducation, une convention avec l’Etat congolais, qui, en son article 17, « insiste sur la moralité et la discipline des élèves en matière de mœurs ».
« Cette disposition de Monsieur le secrétaire général (…) ne peut point opérer dans les écoles conventionnées catholiques, en vertu des articles 1, 2 et 3 dudit accord », écrit l’Abbé Bashiki.
Il précise que les écoles catholiques ne sont pas concernées par cette décision gouvernementale et que le secrétaire général ne leur a d’ailleurs pas adressé copie de la circulaire.
« Si un cas de grossesse arrive à une fille, veuillez charitablement l’orienter vers des écoles des gestionnaires auxquels Monsieur le secrétaire général s’adresse, et auxquels je souhaite une prestation idoine », a-t-il recommandé aux gestionnaires catholiques.
Cependant, le ministère de l’Education nationale et Nouvelle citoyenneté clarifie sa décision, et affirme que la mesure annoncée dans la circulaire du secrétaire général « est un acte de justice et d’humanité, une seconde chance offerte à une jeune fille pour préserver son avenir ».
« Aucune raison ne peut justifier l’exclusion d’une élève enceinte si elle souhaite continuer ses études. L’école doit rester un lieu d’espoir, même après une chute », a rétorqué Jean Jeef Mwanza, directeur et chef de service à la communication du ministère.
Félix ISSA
