Dr Denis Mukwege Gynécologue congolais et Prix Nobel de la Paix 2018 © Droits tiers
La publication du dernier rapport semestriel du Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC continue de provoquer de vives réactions. Le prix Nobel de la paix 2018, le Dr Denis Mukwege, a exprimé sa profonde inquiétude, appelant à une réponse ferme de la communauté internationale face à ce qu’il qualifie de violations flagrantes du droit international.
Dans une déclaration rendue publique le mercredi 9 juillet 2025, le gynécologue congolais, surnommé « l’homme qui répare les femmes », affirme que ce rapport confirme, preuves à l’appui, les alertes lancées depuis des mois par les populations de l’Est, les autorités congolaises et les acteurs de terrain quant à la nature réelle du conflit en cours.
Le document onusien attribue à la République du Rwanda le contrôle effectif des opérations du M23. Il établit également que les Forces de défense rwandaises (RDF) ont joué un rôle central dans l’occupation de localités stratégiques, dont Goma et Bukavu, au Nord et au Sud-Kivu.
« Depuis l’offensive éclair de janvier 2025 des troupes rwandaises et du M23, en violation flagrante de la Charte des Nations Unies, plus de 11 millions de Congolais vivent entre famine et violence, sous le joug des forces d’occupation », écrit le Dr Mukwege, dénonçant une situation alarmante sur le plan humanitaire et des droits humains.
Cette publication intervient dans un contexte diplomatique particulier, marqué par plusieurs processus de médiation, notamment la signature de l’Accord de Washington le 27 juin dernier entre la RDC et le Rwanda, ainsi que les pourparlers de Doha entre le gouvernement congolais et le M23/AFC.
Dans cette optique, Mukwege plaide pour l’éradication définitive de la question des groupes armés, citant entre autres le M23 et les FDLR. Ces derniers sont présentés par Kigali comme les derniers éléments génocidaires en fuite et une « menace existentielle », alors que, selon Mukwege, ils sont aujourd’hui largement affaiblis par les offensives antérieures menées par les FARDC, parfois en coalition avec les RDF.
Revenant sur l’ampleur du drame humanitaire, le Dr Mukwege rappelle qu’à la suite du génocide rwandais de 1994, plus de six millions de Congolais ont perdu la vie dans les conflits qui ont ravagé l’Est du pays. Il appelle dès lors à rompre avec l’impunité, estimant qu’il est temps que justice soit rendue aux victimes.
« Il est absolument impératif que les responsables des atrocités commises en RDC soient traduits en justice. Les victimes congolaises ont une soif immense de reconnaissance, de vérité et de justice », insiste-t-il.
Il exhorte enfin les États membres des Nations Unies à adopter des sanctions fortes, coordonnées et ciblées contre les acteurs de la déstabilisation, en vue de restaurer la paix, la souveraineté et la dignité du peuple congolais.
Mukwege appelle par ailleurs à l’application stricte de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui exige notamment un cessez-le-feu immédiat et sans condition, le retrait inconditionnel de l’armée rwandaise du territoire congolais et le démantèlement des administrations illégales mises en place par le M23 et l’AFC dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Mongongo
