Depuis la semaine dernière dernière jusqu’au dimanche 07 septembre, une image circule sur les réseaux sociaux : celle d’une moto triporteur transformée en ambulance, offerte par Médecins sans frontières (MSF) aux agents sanitaires du Centre de santé de Shasha, dans le territoire de Masisi. Ce véhicule, modeste mais fonctionnel, suscite des réactions contrastées. Certains applaudissent le geste, d’autres s’en moquent ouvertement, comme si la précarité de l’équipement était une offense à leur dignité.
Mais derrière cette image se cache une réalité bien plus grave : celle d’un système de santé en détresse, d’une population abandonnée aux marges de l’urgence, et d’un humanisme qui peine à se faire entendre.
À Shasha, comme dans de nombreuses localités du Nord-Kivu, les structures sanitaires sont à bout de souffle. Les postes de santé manquent de tout : personnel qualifié, médicaments, matériel de base. Les centres de santé peinent à assurer les soins primaires. Quant aux hôpitaux, lorsqu’ils existent, ils sont débordés, sous-équipés, parfois inaccessibles.
Dans ce contexte, le transfert d’un patient vers une structure de référence devient un parcours du combattant. Les routes sont impraticables, les moyens de transport inexistants, et les familles doivent souvent improviser des évacuations avec des moyens de fortune. C’est dans cette réalité que s’inscrit le don de MSF : une ambulance adaptée aux contraintes locales, conçue pour sauver des vies, là où l’État ne le peut plus.
MSF, en partenariat avec la zone de santé de Kirotshe, a fait don de cette ambulance médicalisée, dans le but de renforcer les capacités de transfert et d’évacuation des patients du Centre de santé de Shasha vers le centre de référence. Ce triporteur, équipé pour les urgences, n’est pas un gadget : c’est une réponse pragmatique à une urgence vitale.
Mais alors, pourquoi tant de moqueries ? Pourquoi cette ironie collective face à un geste qui, en d’autres circonstances, aurait été salué ? Peut-être parce que cette ambulance rudimentaire renvoie à une image dégradée de notre système. Peut-être aussi parce qu’elle nous confronte à une vérité que l’on préfère ignorer : celle d’une République qui mérite mieux, mais qui peine à offrir le minimum.
Les réactions sur les réseaux sociaux révèlent une tension profonde entre la perception de l’aide humanitaire et la dignité des bénéficiaires. Certains voient dans cette ambulance une humiliation, une preuve de l’abandon des populations rurales. D’autres y voient un geste salvateur, une tentative de répondre à l’urgence avec les moyens disponibles.
Mais au-delà des débats, une question demeure : que vaut une vie sauvée par un triporteur ? Et que vaut le silence des autorités face à cette réalité ? L’indignation populaire ne devrait pas se tourner contre MSF, mais contre l’absence de politique sanitaire cohérente, contre le désengagement de l’État, contre l’indifférence des décideurs.
Il faut le dire clairement : ce triporteur sauvera des vies. Il est le symbole d’un humanisme qui agit, même dans la précarité. Il est aussi un appel à la responsabilité collective : celle des autorités, des bailleurs, et de tout le monde.
Applaudir ce geste, ce n’est pas se contenter du peu. C’est reconnaître que, dans un pays où les difficultés s’accumulent, chaque acte de solidarité compte. Et qu’il est temps, vraiment, de faire mieux.
La RDC mérite mieux. Mais en attendant, elle ne doit pas mépriser les gestes qui sauvent.
N’est-ce pas une honte pour une organisation comme Médecin sans frontière (MSF) de venir à la rescousse de la population avec une ambiance d’une moto tripoteur ? S’interroge l’analyste, qui n’a pas eu la chance d’avoir la version de responsable de cette organisation.
Etienne Mosengo
