À Paris, ce mercredi 12 novembre 2025 marque l’ouverture d’un procès historique visant un ancien ministre et chef rebelle congolais. Poursuivi pour « complicité de crimes contre l’humanité » et « participation à une association criminelle », Roger Lumbala comparaît devant la Cour d’assises pour des faits commis en République démocratique du Congo (RDC) entre 1998 et 2003.
C’est la première fois dans l’histoire de la France qu’un ressortissant congolais est jugé en vertu du principe de compétence universelle — un mécanisme qui permet à la justice française de poursuivre les auteurs présumés de crimes graves commis à l’étranger, dès lors qu’ils se trouvent sur son territoire.
Lumbala est notamment accusé de « complicité de crimes contre l’humanité » et de « participation à une association de malfaiteurs », en lien avec Jean-Pierre Bemba, ex-dirigeant du MLC et actuel ministre congolais des Transports, dans le cadre de l’opération « Effacer le tableau », fin 2002. Ancien leader du Rassemblement congolais pour la démocratie – National (RCD-N), il avait également occupé le poste de ministre du Commerce entre 2003 et 2005, et s’était présenté comme candidat à la présidentielle en 2006.
Lors de la première audience, l’accusé a nié toutes les charges retenues contre lui, rejetant notamment son implication dans les exactions commises contre les civils — exécutions sommaires, viols systématiques, esclavage et actes de torture — documentées dans plusieurs rapports internationaux, dont le rapport Mapping des Nations Unies. Il a également contesté la légitimité de la procédure engagée contre lui.
85 personnes devraient également comparaître au cours des audiences, prévues pour s’étendre sur plusieurs semaines, jusqu’en décembre prochain, en qualité de victimes et témoins. Selon RFI, parmi les personnalités citées figurent le ministre Jean-Pierre Bemba et Constant Ndima, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu.
Amnesty salue une avancée et appelle à la cohérence internationale
Pour Amnesty International, ce procès envoie un signal fort non seulement aux auteurs présumés de crimes de masse, mais aussi aux États qui continuent de les héberger, alors que les victimes attendent justice « depuis plus de vingt ans ».
« Ce procès historique est l’occasion d’envoyer un message clair : ceux qui sont soupçonnés d’être pénalement responsables d’atrocités de masse en République démocratique du Congo (RDC) se trompent s’ils pensent pouvoir se cacher à l’étranger et échapper à tout contrôle. C’est aussi un appel aux autres pays où vivent des chefs de groupes armés soupçonnés de crimes graves d’assumer leur responsabilité, en vertu du principe de compétence universelle »,
a déclaré Vongai Chikwanda, directeur régional adjoint d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et australe.
L’ONG de défense des droits humains interpelle également la RDC, l’exhortant à prendre ses responsabilités face aux crimes graves commis sur son sol depuis plus de trois décennies.
« La RDC ne doit pas se soustraire à son obligation d’enquêter et, si des preuves suffisantes sont trouvées, de poursuivre en justice — dans le cadre de procès équitables — les personnes soupçonnées d’être responsables des crimes graves commis depuis plus de 30 ans, y compris ceux perpétrés lors de la guerre de six jours à Kisangani en 2000 »,
souligne Amnesty.
Félix ISSA

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