Ce mardi 2 septembre, à l’aube, la Cour de cassation de Kinshasa a rendu son verdict : trois ans de travaux forcés et cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics. Constant Mutamba Tungunga, ancien ministre de la Justice, est désormais condamné, exclu de la scène politique, et privé de ses droits civiques. Mais au-delà de la sentence, une question brûle les esprits : s’agissait-il d’un procès judiciaire ou d’un règlement de comptes politique ?
À 37 ans, Constant Mutamba incarnait une nouvelle génération politique. Nommé garde des Sceaux en 2024, il s’était engagé à « soigner la justice malade » et à combattre la corruption endémique. Son discours tranchait avec les silences complices de certains de ses prédécesseurs. Il dénonçait les passe-droits, les détournements, les nominations clientélistes. Il voulait déboulonner le système. Et c’est peut-être là que tout a basculé.
Le dossier qui l’a conduit devant les juges, concerne le transfert de près de 20 millions de dollars destinés à la construction d’une prison à Kisangani. Selon l’accusation, cette somme aurait été détournée au profit d’une société privée, Zion Construction, dans des conditions jugées irrégulières. Mutamba, lui, a toujours nié les faits, affirmant que les fonds sont restés intacts et que les procédures ont été respectées.
Ce qui choque, c’est le contexte du verdict. Quelques heures avant son prononcé, un bataillon de policiers et de militaires a été déployé autour de la résidence du ministre. Les avenues menant à son domicile ont été bloquées. Des affrontements ont éclaté entre ses partisans et les forces de l’ordre, causant des blessés, des arrestations, et des pertes matérielles. Une démonstration de force qui interroge : pourquoi une telle militarisation pour un verdict judiciaire ? Pourquoi cette mise en scène ?
Le cas Mutamba n’est pas isolé. D’autres personnalités politiques congolaises sont citées dans des affaires de détournement, parfois bien plus graves, sans jamais être inquiétées. Pourquoi alors cet acharnement contre un jeune ministre qui dérange ? Pourquoi lui, et pas les autres ? La justice congolaise, censée être indépendante, semble parfois agir au gré des intérêts politiques, au service d’un clic d’individus plutôt qu’au nom du peuple.
Pour de nombreux jeunes Congolais, le procès Mutamba est une gifle. Ils voyaient en lui un espoir, un modèle, une voix qui portait leurs frustrations. Le voir condamné, encerclé, humilié, c’est aussi voir leurs rêves piétinés. Ce n’est pas seulement un homme qu’on juge, c’est une génération qu’on décourage. « Ce pays est décevant. C’est une honte de voir un jeune ministre qui a osé faire un pas vers la vérité, finir en résidence surveillée », regrette l’éditorialiste avec un ton ferme.
C’est sûr et vous connaissez que le verdict est tombé, mais le débat reste ouvert. Pour ses partisans, ce n’est qu’une partie remise. Mutamba, en se comparant à Mandela, Lula ou Lumumba, a choisi de transformer sa chute en symbole. Il a visité les mausolées où il a déposé des fleurs, prié. Il voulait peut être incarner la résistance face à une justice instrumentalisée.
Et si ce procès n’était que le début d’un réveil citoyen ? Et si, dans cette condamnation, se cachait une étincelle capable d’allumer un feu de réformes profondes ?, s’interroge l’éditorialiste, qui a suivi de prêt le debut du procès jusqu’à sa clôture.
Etienne Mosengo/Mongongo
