[Illustration] Des membres du groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, sécurisent une rue avant l'arrivée du chef de l'Alliance Fleuve Congo (AFC), une alliance de partis politiques et de groupes armés comprenant le M23, à Goma, en République démocratique du Congo, le 1er février 2025. © 2025 Tony Karumba/AFP
Au moins deux « détracteurs » de l’AFC/M23 ont été exécutés sommairement depuis les offensives de la coalition rebelle à Goma et Bukavu, dans l’est de la RDC, entre fin janvier et mi-février 2025. Selon l’organisation Human Right Watch, l’une des victimes directes est l’artiste musicien révolutionnaire Delphin Katembo Vinywasiki (Delcat Idengo), connu pour avoir sorti des chansons critiques contre la classe politique « corrompue » et contre l’occupation étrangère, assassiné près de Goma le 13 février dernier par le M23, tel que l’a confirmé le porte-parole du mouvement.
« Lawrence Kanyuka a confirmé que des combattants du M23 ont tué Delcat Idengo et l’a accusé d’être un membre de la LUCHA », note HRW dans son communiqué détaillé du 12 mars 2025. D’après l’organisation, le porte-parole du M23 a indiqué que l’artiste avait été tué pour avoir porté des insignes militaires lors d’une opération de ratissage. Motif qui semble contradictoire aux témoignages examinés.
« Les médias ont rapporté que Delcat Idengo tournait un clip de musique lorsqu’il a été abattu. Certaines photos prises après le meurtre et diffusées sur les réseaux sociaux le montrent en pantalon de camouflage de style militaire ; d’autres le montrent portant un pantalon blanc avec un drapeau congolais brodé. Cela suggère que quelqu’un a changé le pantalon de Delcat Idengo après qu’il a été tué. Aucune arme n’est visible sur les photographies », écrit l’organisation des droits humains.
La veille du meurtre de l’artiste engagé Idengo, soit le 12 février, Pierre Byamungu, un activiste pro-démocratie engagé dans le mouvement citoyen Lucha (Lutte pour le changement) a été exécuté avec quatre autres hommes dans le territoire de Kalehe après avoir effectué un travail forcé et non rémunéré à l’ordre des insurgés, rapporte notre source.
« Après avoir transporté des combattants du M23 blessés et morts depuis le village de Muhongoza, ils ont été conduits au village de Buziralo. Le M23 a accusé Pierre Katema Byamungu et les autres d’être des membres des Wazalendos, une coalition de groupes armés alliés à l’armée congolaise. La source a indiqué que les combattants du M23 ont ensuite exécuté Pierre Katema Byamungu et quatre autres hommes », renseigne HRW. Des meurtres qui ont été niés en bloc par le porte-parole de la rébellion.
Journalistes et activistes menacés, arrêtés et passés à tabac
« Ephraïm Kabasha [NDLR, administrateur de Nyiragongo sous l’AFC/M23] aurait placé en détention Jacques Niyonzima, un leader de la société civile de Rutshuru (…) Le 4 mars, il a été libéré plus tard dans la journée après avoir été interrogé sur son travail sur les abus du M23. Jacques Niyonzima a été sévèrement battu et on lui a dit que d’autres seraient également arrêtés. Le 3 mars, David Muisha, un leader de la société civile à Masisi, a été placé en détention à Goma et transféré vers un poste de police, selon des sources. Il a été libéré le 6 mars après avoir été battu et menacé en détention », cite HRW.
Acteurs de la société civile, défenseurs des droits de l’homme, journalistes et d’autres activistes accusés de dénoncer les exactions de la rébellion dans le Nord-Kivu ont été sérieusement inquiétés. D’après Human Right Watch, avant et après les offensives de janvier et février 2025 qui se sont soldées par la prise de Goma et Bukavu, des activistes et professionnels de média ont reçu des menaces de mort par téléphone anonyme, poussant certains d’entre eux à abandonner leurs domiciles.
Par ailleurs, « Thomas D’Aquin Muiti Luanda, activiste et détracteur connu du gouvernement rwandais, et Clovis Munihire, coordinateur dans le Nord-Kivu d’un programme de désarmement dirigé par le gouvernement congolais avec qui Thomas D’Aquin Muiti Luanda a travaillé, ont été placés en détention à Gisenyi, au Rwanda, le 4 février après avoir traversé la frontière », explique HRW, qui ajoute que ceux-ci ont été libérés le 11 février sans avoir été informés des motifs de leur arrestation, ni avoir eu la possibilité de contester leur détention.
Des journalistes et activistes du Nord et du Sud-Kivu vivent dans la clandestinité suite aux menaces du M23, alors que d’autres, qui ont réussi à quitter la ville (Goma et Bukavu), ont trouvé refuge au Burundi, à Kinshasa et dans d’autres pays, affirme le communiqué de l’organisation de défense des droits humains.
Human Right Watch estime que « l’Union européenne, ses Etats membres et les autres gouvernements préoccupés par la situation devraient adopter d’urgence de nouvelles sanctions ciblées contre le M23 et les hauts fonctionnaires rwandais et congolais responsables d’abus graves ». Elle appelle, les parties au conflit dans l’est de la RDC au respect du droit international humanitaire.
Pour l’ONG, en fin, « l’UE devrait également suspendre son accord sur les minerais avec le Rwanda à la lumière de l’implication des forces rwandaises dans des abus avec le M23, et revoir ses accords de coopération militaire et sécuritaire avec le Rwanda, y compris dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix (FEP) ».
Mongongo
