Billets de francs congolais. Droits : ©BCC
En République démocratique du Congo, un rapport parlementaire laisse planer des doutes quant à l’efficacité de la politique monétaire engagée ces dernières semaines par la Banque centrale du Congo (BCC), laquelle a entraîné une appréciation notable du franc congolais face au dollar américain. Selon plusieurs observateurs, cette mesure, bien que saluée comme un signe de stabilité, pourrait avoir des effets pervers sur deux leviers essentiels : le paiement des salaires des fonctionnaires et les recettes publiques.
Contexte : une appréciation monétaire présentée comme un avantage public
Auditionné jeudi 30 octobre par la Commission économique, financière et de contrôle budgétaire (ECOFIN) de l’Assemblée nationale, le gouverneur de la BCC, André Wameso, a expliqué que « l’appréciation du franc congolais découle principalement de la correction d’un instrument de politique monétaire ». Selon lui, cette correction a permis de stabiliser le taux de change depuis une dizaine de jours, une stabilité qu’il qualifie de « soulagement » et de « bien public » offert à « un peuple qui a longtemps souffert ».

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Cependant, cet optimisme n’est pas partagé par plusieurs parlementaires et experts économiques.
Dans son rapport, le président de la Commission ECOFIN, Guy Mafuta, a estimé que le redressement du franc congolais est le résultat d’une mesure prudentielle de la BCC, imposant aux banques commerciales une réserve obligatoire plus stricte en monnaie nationale. Cette contrainte aurait provoqué une raréfaction du franc congolais sur le marché de liquidités, entraînant une hausse artificielle de sa valeur.
Pour maintenir le flot, le gouverneur Wameso a annoncé des “mesures correctrices”, parmi lesquelles la suppression progressive des exonérations fiscales, l’augmentation attendue des recettes de TVA en lien avec la consommation, et une compensation par la hausse espérée des revenus miniers, notamment du cuivre et du cobalt.
“Des mesurettes qui ne fonctionneront pas”, selon Godé Mpoy
Critique de longue date de la politique monétaire actuelle, le professeur Godé Mpoy, député national et membre de la Commission ECOFIN, a qualifié cette démarche de « demi-mesures » avec un impact incertain sur les recettes publiques, les entreprises, voire sur le climat économique.
« La BCC compte sur la suppression de certaines exonérations, l’augmentation de la TVA et la hausse du prix du cuivre. Ces mesurettes ne fonctionneront pas (…) En mai 2024, la tonne [du cuivre] se négociait à 10 800 dollars, mais nos recettes n’ont pas dépassé 9 milliards. L’émotion ne peut se substituer à la raison », a-t-il déclaré.

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Recettes publiques en recul et salaires sous pression
Toujours selon Godé Mpoy, la BCC reconnaît implicitement « une baisse à venir des recettes de l’État ».
La combinaison de la suppression des facilités fiscales, de l’augmentation de la TVA et d’une dépendance accrue aux prix internationaux des minerais pourrait provoquer une contraction des revenus budgétaires, fragilisant le financement des dépenses publiques, dont les salaires des agents et fonctionnaires de l’État.
D’après plusieurs analystes, la baisse du taux de change pourrait également affecter les recettes fiscales, désormais calculées sur une base de change moins favorable.
Un pouvoir d’achat en évolution contrastée
Dans le secteur privé, où une large part des salaires est versée en dollars, de nombreux Congolais ont vu leur pouvoir d’achat chuter jusqu’à –21,4 %, soit une perte moyenne de 60 000 francs congolais pour 100 dollars par rapport à la période précédant la dépréciation du dollar.
À l’inverse, les fonctionnaires de l’État, estimés à moins d’un million de personnes — soit moins d’1 % de la population, selon les chiffres récents de la Fonction publique —, et rémunérés en monnaie locale, auraient temporairement gagné en pouvoir d’achat, selon une déclaration du ministre du Plan, Guylain Nyembo, faite fin octobre à l’issue d’une réunion de la conjoncture économique.
Le gouvernement appelle, dans ce contexte, la population à désormais « réfléchir en francs congolais », qu’il considère comme ‘un symbole fort de la souveraineté nationale’, »afin de tirer pleinement profit de l’appréciation de sa monnaie et de la stabilité financière retrouvée ».
Mongongo
