ILLUSTRATION / Rivière Kasaï, un des principaux affluents du fleuve Congo. Kikwit. Photo : J. Barba sur LinkedIn.
Dans sa quête de transformation socio-économique, la République démocratique du Congo se heurte à un défi majeur : renforcer sa cohésion territoriale afin de fluidifier les échanges entre provinces et stimuler la croissance. Dans une tribune publiée le 28 février 2026, le député national Steve Mbikayi plaide pour la mise en place d’un réseau de transport multimodal stratégique articulé autour du rail et du fleuve Congo.
Avec ses 2,3 millions de kilomètres carrés, la RDC s’apparente à un pays-continent. Si un réseau routier national relie théoriquement les régions, son état de dégradation avancée complique considérablement les déplacements. Voyager d’une province à Kinshasa relève souvent du parcours du combattant. La voie aérienne demeure le moyen le plus rapide de relier la capitale à l’intérieur du pays, mais son coût la rend inaccessible au plus grand nombre.
Pour Steve Mbikayi, la question du transport multimodal, pourtant centrale pour tout pays en développement, figure parmi les grands oubliés des politiques publiques. À Kinshasa, observe-t-il, le débat national se concentre volontiers sur les alliances politiques, les réformes institutionnelles ou les échéances électorales, au détriment des enjeux techniques et économiques qui conditionnent l’avenir du pays. Résultat : la dynamique de développement peine à s’enclencher, le pays avançant comme « sur des roues carrées ».
Dans son analyse, le député estime qu’un territoire de l’ampleur de ce « géant de l’Afrique centrale » ne peut reposer quasi exclusivement sur le transport routier. Une telle configuration renchérit les coûts logistiques et fragilise la compétitivité. L’immensité congolaise exige une architecture intégrée, capable d’absorber efficacement les flux miniers, agricoles et commerciaux. À défaut, la surcharge logistique se répercute sur les recettes publiques, avec des fuites fiscales estimées par milliards, mais également sur le coût de la vie des ménages.

Les chiffres avancés dans le secteur extractif illustrent cette réalité. Acheminer une tonne de minerai du Katanga vers le port de Matadi coûterait 300$, le double du coût dans certains pays voisins disposant de corridors ferroviaires performants, à l’instar de la Zambie (150$). Cet écart logistique dépasse la simple comparaison tarifaire : il influence l’attractivité des investissements, freine l’industrialisation locale et limite la création d’emplois.
Historiquement, le modèle congolais reposait pourtant sur une chaîne intégrée : le rail pour relier les bassins miniers aux ports, le fleuve pour irriguer l’intérieur du pays, et les infrastructures portuaires pour connecter l’économie nationale aux marchés internationaux. La Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) et l’Office national des transports (ONATRA) constituaient l’ossature de cet ensemble, bien au-delà de leur simple statut d’entreprises publiques : elles participaient à l’unité territoriale.
Aujourd’hui, les défis sont multiples : infrastructures vétustes, fragilités financières, passif social important, gouvernance à moderniser. Mais, pour Steve Mbikayi, l’enjeu dépasse la gestion interne des entreprises. Il s’agit d’une question stratégique. « Un pays qui ne maîtrise pas sa logistique ne maîtrise pas son destin », soutient-il.
Fort de son expérience passée en tant que cadre au sein de la SNCC et de l’ONATRA, cet ingénieur de formation propose de hiérarchiser les corridors prioritaires, notamment l’axe Kinshasa–Ilebo, qu’il envisage comme un chantier emblématique à l’horizon 2028. Une telle liaison rail-fleuve permettrait, selon lui, de désenclaver le bassin du Kasaï, de réduire les prix des denrées alimentaires dans la capitale et d’envoyer un signal fort en faveur du développement intérieur.
Doter la RDC d’infrastructures interprovinciales performantes — routières, ferroviaires, fluviales et lacustres — apparaît dès lors comme une priorité stratégique. Une telle orientation pourrait relancer l’agriculture et les industries extractives, renforcer la résilience économique des ménages et poser les bases d’un développement durable et inclusif.
Félix ISSA
