Le ministre de la Justice de la République démocratique du Congo a instruit le Parquet général près la Cour de cassation d’ouvrir une enquête sur la gestion du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO). Cet organisme, chargé d’administrer les fonds destinés à indemniser les victimes des violences commises sur le sol congolais impliquant l’Ouganda, est au cœur de graves soupçons de fraudes, de détournements de fonds, de réseaux d’extorsion et de gonflement artificiel du nombre de bénéficiaires.
Dans une note d’information présentée lors de la 75ᵉ réunion du Conseil des ministres, vendredi 23 janvier, le ministre Guillaume Ngefa a fait état d’une « augmentation incontrôlée de l’effectif des victimes », passé d’environ 3 000 personnes certifiées à plus de 14 000, voire 16 000, pour la seule ville de Kisangani. Il a également dénoncé des « pratiques de fraude, de manipulation et de pressions politiques locales ».
À l’issue de consultations menées sur le terrain depuis la mi-novembre 2025, le ministre a par ailleurs relevé l’installation d’une « confusion persistante » entre les réparations judiciaires dues aux victimes et des attentes sociales plus larges quant à l’utilisation des fonds d’indemnisation, notamment pour couvrir les dépenses de fonctionnement de l’institution. Il a aussi évoqué une dégradation des conditions de sécurité du personnel et des responsables du fonds.
Face à cette situation jugée préoccupante, des « mesures correctives » ont été arrêtées afin d’éviter l’effondrement du FRIVAO, à l’issue des réunions avec les parties prenantes.
« La suspension du comité de coordination a ainsi été levée en décembre 2025 afin de rétablir un minimum de gouvernance et de mettre fin au blocage institutionnel. Des arriérés de salaires, de loyers et de charges administratives ont également été apurés pour garantir la continuité du fonctionnement administratif », précise le compte rendu de la réunion gouvernementale.
Le FRIVAO est chargé de gérer les fonds versés à la RDC par l’Ouganda, à la suite de sa condamnation en 2022 par la Cour internationale de justice (CIJ) pour les dommages commis sur le sol congolais entre 1998 et 2003. Le montant global des réparations s’élève à 325 millions de dollars américains, destinés à indemniser les victimes et leurs bénéficiaires légaux. Kampala s’est engagé à verser cette somme en cinq tranches annuelles de 65 millions de dollars.
En septembre 2025, un rapport du Centre de recherche en finances publiques et développement (CREFDL) avait, par ailleurs, mis en cause le ministère de la Justice dans le « siphonnage » de plus de 190 millions de dollars de fonds versés. Selon cette organisation, un peu plus de 1,05 % des ressources censées être gérées par le FRIVAO — soit 2 millions de dollars — auraient effectivement été distribuées à près de 1 000 victimes, chacune ayant perçu une indemnisation d’environ 2 000 dollars.
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