Carte des villages agricoles situés à l’ouest de Kiseguru, près du parc des Virunga, en RDC. © HRW / Capture d’écran : Mongongo News
Les crimes attribués au M23 continuent de s’accumuler dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans un rapport publié le 20 août 2025, Human Rights Watch (HRW) accuse la rébellion coalisée AFC/M23, soutenue par le Rwanda, d’avoir exécuté plus de 140 civils au seul mois de juillet dans 14 villages proches du parc national des Virunga, en territoire de Rutshuru (Nord-Kivu).
Selon l’ONG, les victimes — majoritairement des agriculteurs hutus, dont des femmes et des enfants — ont été tuées dans leurs villages, leurs champs ou encore près de la rivière Rutshuru, dans le groupement de Binza. Les combattants du M23, qui contrôlent la zone, auraient contraint les habitants à enterrer immédiatement les corps dans les champs ou à les abandonner sans sépulture, privant ainsi les familles de funérailles.
Pour étayer ces faits, HRW affirme avoir mené des entretiens téléphoniques avec 36 sources, dont 25 témoins directs, des activistes locaux, des professionnels de santé, des sources militaires et des travailleurs des Nations Unies.
« Ces massacres semblent faire partie d’une campagne militaire contre des groupes armés rivaux, en particulier les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé rwandais à majorité hutue, créé par des personnes ayant pris part au génocide de 1994 au Rwanda », note l’organisation, qui redoute un nettoyage ethnique, soulignant que les victimes sont principalement issues de zones proches des bastions FDLR.
Implication des forces rwandaises
HRW accuse par ailleurs les Forces de défense du Rwanda (RDF) d’avoir directement participé aux opérations aux côtés du M23. Cette implication est corroborée, selon l’ONG, par des témoignages d’habitants, un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et des sources militaires.
« Les habitants ont également décrit la participation des forces militaires rwandaises dans l’opération du M23, identifiant les soldats rwandais grâce à leurs uniformes et leurs accents », affirme le rapport.
Le 7 août, Kigali avait rejeté des accusations similaires formulées par l’ONU concernant des massacres de civils à Rutshuru, évoquant plutôt « un groupe rival du M23 ».
Escalade des violences malgré les efforts diplomatiques
Pour Clémentine de Montjoye, chercheuse senior de HRW pour l’Afrique centrale, ce nouveau bilan dramatique illustre le décalage entre les discours diplomatiques et la réalité vécue par les civils.
« Les gouvernements qui concluent des accords de paix restent soumis au droit de la guerre, et les personnes responsables de crimes de guerre devraient encore faire l’objet d’enquêtes approfondies et être traduites en justice », insiste-t-elle.
Les révélations des massacres attribués au M23 surviennent alors que se poursuivent plusieurs initiatives de médiation, notamment les pourparlers de paix de Doha entre Kinshasa et le M23, ainsi que la médiation de Washington entre la RDC et le Rwanda.
Félix ISSA / Mongongo
