Mine de coltan de Luwowo, près de Rubaya/Nord-Kivu. Mars 2014. © MONUSCO/Sylvain L.
Dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, des cas de fraude minière à grande échelle ont été documentés autour des mines de Rubaya, dans le territoire de Masisi, une zone contrôlée par la rébellion de l’AFC/M23 depuis plus d’une année. Ces pratiques illustrent l’intensification des activités extractives malgré un contexte sécuritaire fortement dégradé. Des pays voisins, dont le Rwanda, sont cités comme principales destinations de ces minerais frauduleusement exportés.
Souvent accusé de piller les ressources naturelles congolaises, le M23 est une nouvelle fois mis en cause dans l’exploitation et la contrebande de minerais stratégiques issus de Rubaya vers le Rwanda. Interrogé par Radio France Internationale (RFI), Mickaël Daudin, directeur du programme ITSCI (International Tin Supply Chain Initiative), indique recevoir régulièrement des alertes via ses réseaux et affirme ne pas être surpris par cette situation « dans un contexte de conflit armé ».
Chargé de promouvoir la traçabilité des chaînes d’approvisionnement des minerais dits 3T — tantale, tungstène et étain — le programme ITSCI n’est plus opérationnel dans le territoire de Masisi, mais poursuit ses activités dans d’autres zones comme Walikale, encore sous contrôle gouvernemental. Selon ses observations, les statistiques de production officielle au Rwanda sont restées relativement stables, tandis que les données internationales font état d’une hausse significative des importations de tantale en provenance de ce pays.
« Nos données internes de production tracée au Rwanda sont restées stables en 2025. En revanche, les statistiques internationales montrent une forte augmentation des importations de tantale depuis le Rwanda. Cela confirme l’existence de risques sérieux de fraude et soulève des interrogations sur l’application inégale des standards de traçabilité et de devoir de diligence », a expliqué Mickaël Daudin.
Pour le responsable de l’ITSCI, la situation observée à Rubaya menace « quinze années d’efforts visant à assainir les chaînes d’approvisionnement » et représente un recul majeur dans la lutte contre l’exploitation illicite des ressources minières. Il met en garde contre les conséquences d’un système à deux vitesses, où certains acteurs respectent les normes internationales pendant que d’autres les contournent.
Ces constats rejoignent les conclusions d’un récent rapport du Groupe d’experts des Nations unies, publié au second semestre 2025, qui faisait état d’une contrebande de minerais à des niveaux sans précédent, notamment vers le Rwanda, avec l’appui présumé de l’armée rwandaise. Selon ce document, les minerais exportés illicitement sont ensuite mélangés à la production rwandaise officielle, rendant leur traçabilité particulièrement difficile.
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