Mine de coltan de Luwowo, près de Rubaya/Nord-Kivu. Mars 2014. © MONUSCO/Sylvain L.
Le 28 janvier dernier, plus de 200 personnes ont péri dans l’effondrement du site minier de coltan de Luwowo, dans la cité de Rubaya, territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Le gouvernement de la République démocratique du Congo impute la responsabilité de ce drame à l’AFC/M23, groupe rebelle actif dans la région depuis plus d’un an, tout en dénonçant les défaillances des mécanismes internationaux et régionaux de traçabilité des minerais stratégiques, régulièrement passés en contrebande, notamment vers le Rwanda, depuis des sites classés « rouges ».
Dans un communiqué publié le 31 janvier 2026, Kinshasa a exprimé sa solidarité envers les familles endeuillées par cet éboulement qui a essentiellement coûté la vie à des creuseurs artisanaux, piégés à l’intérieur et aux abords immédiats des puits miniers.
Le gouvernement accuse l’AFC/M23, appuyé par le Rwanda, de contraindre les exploitants à des travaux intensifs dans un contexte d’« exploitation sauvage et illégale des ressources naturelles congolaises ». Il évoque un scénario déjà observé lors d’un précédent drame ayant fait plus de 300 morts, traduisant, selon lui, « un schéma récurrent de mise en danger des populations civiles ».
S’appuyant sur des données récentes, Kinshasa dénonce un système « structuré de pillage et d’exploitation illégale des ressources naturelles » au profit d’entités étrangères, alimentant « l’économie de guerre ». La RDC affirme notamment qu’entre janvier et mars 2025, les exportations de coltan du Rwanda ont enregistré une hausse de près de 200 %, sans lien avec les réserves naturelles connues du pays, illustrant, selon elle, un mécanisme de blanchiment des minerais congolais issus de zones sous occupation armée.
« Entre 112 et 125 tonnes de coltan sont extraites chaque mois dans ces conditions dans le périmètre de Rubaya et acheminées exclusivement vers le Rwanda, en dehors de toute autorisation administrative et de toute traçabilité conforme », précise le communiqué du ministère de la Communication et Médias, consulté par Mongongo News.
Le gouvernement congolais déplore par ailleurs l’inefficacité manifeste des mécanismes internationaux et régionaux de traçabilité, notamment les dispositifs ITRI/ITA ainsi que les systèmes de certification de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), qui « n’ont pas permis d’empêcher l’écoulement et la certification frauduleuse des minerais provenant des zones rouges ».
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Il fustige également l’attitude des acheteurs finaux et de certains acteurs économiques internationaux qui continuent de s’approvisionner auprès du Rwanda en minerais issus de Rubaya, malgré le classement officiel de ces sites et les alertes répétées des autorités congolaises, contribuant ainsi indirectement au financement des groupes armés et à l’exploitation violente des creuseurs artisanaux.
En 2025, une poursuite des activités extractives frauduleuses a été documentée dans les mines de Rubaya, alimentant la chaîne de contrebande du colombo-tantalite vers les pays voisins, principalement le Rwanda. Selon Mickaël Daudin, directeur du programme ITSCI (International Tin Supply Chain Initiative), les statistiques internationales révèlent une forte augmentation des importations de tantale en provenance du Rwanda, confirmant l’existence de risques sérieux de fraude et soulevant des interrogations sur l’application inégale des standards de traçabilité et de devoir de diligence.
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