Le Congrès américain a officiellement renouvelé l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un dispositif stratégique offrant aux pays africains un accès préférentiel au marché américain sans droits de douane. Prolongé jusqu’au 31 décembre 2026, cet accord constitue une opportunité majeure pour la République démocratique du Congo, réintégrée dans le programme depuis 2020 après une décennie d’exclusion.
Dans un contexte de quête de diversification économique, Kinshasa entend tirer pleinement profit de cette fenêtre commerciale pour réduire sa dépendance aux exportations minières et positionner ses produits « Made in Congo » sur l’un des marchés les plus exigeants au monde.
Selon le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, la reconduction de l’AGOA par les deux chambres du Congrès américain garantit une stabilité juridique cruciale pour les échanges entre l’Afrique et les États-Unis. Il invite les opérateurs économiques congolais à saisir cette opportunité pour diversifier leurs produits et renforcer leur compétitivité à l’international.
Dans cette dynamique, le gouvernement congolais a validé une nouvelle stratégie nationale AGOA-RDC pour la période 2025-2026, axée sur 26 filières prioritaires. L’agro-industrie y occupe une place centrale, avec des produits phares tels que le café, le cacao, le thé, l’huile de palme et le quinquina. Les fruits tropicaux, dont l’ananas, la mangue, la banane ou l’avocat, ainsi que certaines épices et tubercules comme le gingembre, le sésame et la farine de manioc de qualité supérieure sont également ciblés pour répondre à la forte demande du marché américain, a rappelé Julien Paluku.
Si l’AGOA vise avant tout la diversification, le secteur minier demeure un pilier stratégique pour la RDC. Le cuivre, le cobalt (essentiel à la transition énergétique mondiale), l’or, le diamant et les minerais dits 3T (étain, tantale, tungstène) figurent parmi les filières clés.
Objectif : promouvoir une première transformation locale afin d’augmenter la valeur ajoutée avant l’exportation. Parallèlement, les secteurs du textile, du cuir, de l’artisanat, de l’élevage et de la pêche offrent d’importantes perspectives en matière de création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes.
Pour l’analyste congolais John Ngombwa, la reconduction de l’AGOA représente « le moment ou jamais pour la RDC de conquérir durablement le marché américain ». Il rappelle que plus de 6 400 produits africains peuvent être exportés vers les États-Unis avec un taux de droits de douane nul, à condition de respecter la règle d’origine.
« Le produit doit être fabriqué en RDC. S’il contient des composants importés, la valeur ajoutée locale doit représenter au moins 35% du prix final », souligne-t-il.
Cependant, l’accès au marché américain exige un strict respect des normes administratives et sanitaires. Les entreprises doivent être en règle au Guichet Unique du Commerce Extérieur (GUCE) et obtenir le certificat d’origine AGOA délivré par l’Office Congolais de Contrôle (OCC). Pour les produits alimentaires, les exigences de la Food and Drug Administration (FDA) en matière de qualité, d’emballage et d’étiquetage constituent un passage obligé.
Au-delà des avantages tarifaires, l’AGOA apparaît comme un levier stratégique pour transformer l’économie congolaise. En misant sur la qualité, la certification et la promotion d’une véritable « marque-pays », la RDC peut progressivement s’imposer sur le marché américain. La stabilité offerte par la reconduction de l’accord jusqu’en 2026 ouvre également la voie à des partenariats commerciaux de long terme.
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