Champ de cacao, territoire de Beni/Nord-Kivu. Photo-Archives. Droits : © AFP.
Les rouages autour de l’exclusion du café et du cacao congolais du marché européen laisseraient transparaître une nouvelle forme de guerre économique tentée par l’Union européenne contre la République démocratique du Congo. Telle est la réflexion lancée dans l’opinion par le ministre congolais en charge du Commerce extérieur, Julien Paluku. En effet, ces produits seraient indexés parmi ceux issus des zones affectées par la déforestation.
Kinshasa, mardi 31 décembre 2024. C’est une problématique qui a semé la panique dans le chef des producteurs de ces produits agricoles en RDC. Alors que la décision était annoncée pour janvier 2025, le café et le cacao congolais sont exclus du marché européen depuis le 30 décembre dernier, nous apprend la Voix de l’Allemagne (DW). Cette exclusion fait suite à un règlement de l’Union européenne dit « zéro déforestation », interdisant l’importation sur le territoire européen de certains produits qui sont à la base de dégradation des forêts après le 31 décembre 2020.
La Fédération des entreprises du Congo (FEC), à travers une alerte adressée au ministère du Commerce extérieur, a relayé les craintes des opérateurs économiques sur les répercussions sociales de cette mesure qu’elle qualifie d’ « injuste ».
« Les opérateurs économiques œuvrant dans le secteur d’exportation des cacaos et du café ont été surpris de recevoir de la part des organismes de certification la notification de retrait de la République démocratique du Congo de la certification ‘fairtrade’ d’une part, et de l’autre, de la certification ‘BIO’, tel qu’il ressort des lettres (…) Il vous souviendra que c’est au prix de multiples efforts et sacrifices que les secteurs cacao et café congolais ont été remis sur l’échiquier du commerce international, avec le soutien de ses partenaires privés et multilatéraux (UE, USAID, FIDA, Banque mondiale », mentionne le communiqué de la FEC.
D’après Deskeco.com, les organismes chargés de délivrer les certifications justifient ce retrait de certification du cacao et du café congolais par le refus de l’Union européenne d’agréer leur demande de conformité en raison de la difficulté de déployer des enquêteurs sur le terrain à cause de l’insécurité persistante dans l’est du pays.
Selon la RDC, les produits frappés sont issus des terres arables et non forestières
Expliquant, lors d’un briefing de presse, lundi 30 décembre, certaines irrégularités autour de ce retrait, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a fait savoir que les auditeurs envoyés par l’Union européennes pour vérifier les champs de cacao et de café en RDC « sont curieusement basés les uns au Kenya, d’autres en Ouganda, et d’autres au Rwanda ». Leur « dernier passage était signalé aux mois de juin et juillet 2024, et la certification de nos champs de café et de cacao a été faite en août 2024 », a poursuivi le ministre.
Relayant par la même occasion une note d’information de la ministre en charge de l’Environnement, Eve Bazaiba, Julien Paluku a laissé entendre que « nous avons 80 millions d’hectares de terres arables qui n’ont rien à voir avec le couvert forestier du pays, qui est de 155,5 millions d’hectares, dont 62 pour cent sont des forêts tropicales humides parmi lesquelles 105 kilomètres-carré de tourbières, de mangroves et de forêts Miombo. Nous avons le droit de rentabiliser nos terres avec des cultures pérennes favorables à l’agroforesterie, notamment le café et le cacao. De tous les moteurs de déforestation réunis, nous, la RDC, n’enregistrons que 0,03% de déforestation par an ».

Une forme de guerre économique
Dans sa réflexion, le ministre Julien Paluku a présagé une nouvelle forme de guerre économique menée à la RDC. « Le gouvernement doit faire très attention, parce qu’à côté de la guerre qu’on nous fait, on trouve que nous voulons changer de modèle économique, et on nous fait une autre guerre économique. Ce sont des réflexions scientifiques qui commencent à naitre », a-t-il souligné.
La RDC, étonnamment riche en ressources naturelles et minières, est en passe de migrer son économie du secteur minier vers le secteur agricole, qui présente actuellement quantité d’avantages en termes d’investissement et de bénéfice, a rappelé le ministre. « Le modèle ancien de la colonisation basé sur les matières premières a échoué ; et quand nous voulons migrer vers un autre modèle économique, considérant cette fois l’agriculture comme levier du développement, on commence à inventer ce genre d’histoires », a-t-il insinué.
« Aujourd’hui, la tonne de cacao est à 11 590 dollars ($), quand la tonne du cuivre est à 8 800$ ; la tonne du cobalt est à 24 000$, quand celle de la papaïne est à 23 000$. C’est-à-dire, pour le gouvernement congolais et la population congolaise, on doit faire le choix : devons-nous migrer vers le cobalt dont les investissements sont lourds pour n’avoir que 24 000$ à la tonne, ou bien vers la papaïne dont les investissements sont légers, et avoir 23 000$ ? Devons-nous aller vers le cuivre dont la tonne est de 8000 $ ou vers le cacao dont la tonne est à 11 000$ ? », s’est-il interrogé.
Et de lancer :
« Est-ce que l’on n’est pas en train de voir finalement l’essor de la RDC à travers l’agriculture pour qu’on freine cet élan-là, parce qu’il va remettre en cause le modèle qu’on nous a toujours enseigné, celui [consistant à] ne considérer que les mines comme le seul levier du développement ? Voilà la réflexion que nous versons dans l’opinion ». Julien Paluku a tout de même promis de discuter avec l’UE pour « accompagner plutôt le gouvernement dans la réalisation du rêve des Congolais, [celui] de voir le panier de la ménagère finalement changer ».
D’après les statistiques avancées par le ministre du Commerce extérieur, la RDC recense à ce jour 240 mille planteurs de cacao, qui en produisent entre 100 mille et 200 mille tonnes par an. À l’en croire, les cultures industrielles frappées par la décision de retrait de certification (café et cacao) sont plus cultivées dans les espaces de Walikale, Beni (Nord-Kivu), en Ituri et dans la Tshopo, qui, mis ensemble pourraient mener à la production de « 3 millions de tonnes de cacao l’an ».
Félix ISSA / Mongongo
